Ateliers littérature

Atelier littérature

Quelques suggestions

L'autre reflet
par Patrick Senécal
a remporté le prix Saint-Pacôme

 

La bataille de Pavie
par André Jacques
éditions Druide

2016

 

Présentation faite par Jean-François Sabourin à l'atelier du lundi 25 septembre 2017

 

Un jour, le grand poète algérien Kateb Yacine, revenant après plusieurs années d’exil dans son village natal, va au café ; un des vieux habitués le reconnaît et lui dit : "Tu dis que tu es écrivain ? Alors assieds-toi et écoute moi. Ecrire c’est d’abord écouter. Ecrire c’est être le traducteur de l’invisible, ce mystère des âmes que seul le poète, le créateur, est parfois capable de saisir et tant pis s’il se trompe ou exagère".

Tahar Ben Jelloun

 

Tous les artistes possèdent leurs outils : le peintre a son pinceau, le sculpteur a son ciseau. Les écrivains, eux, ont la structure de leur roman. Mais on n’est pas artiste simplement parce que l’on possède un pinceau ou un ciseau. Pour être considéré comme tel, il faut d’abord apprendre à se servir de son outil. Bien sûr, chaque écrivain possède sa méthode pour établir le schéma narratif de son roman mais chacun s'appuie sur une structure de départ qui leur est commune.

La structure dramaturgique d’une tragédie grecque n’est guère différente de la plupart des romans littéraires modernes. Les contes de Perrault, Le désert des Tartares de Dino Buzzati ou les romans de Marc Levy suivent cette structure narrative de base, dite aussi structure dramaturgique ou linéaire. Le principe est le même et ce n’est pas lui qui enrichit ou appauvrit un récit. La qualité littéraire d’un roman est ailleurs. Il n’y a donc pas de raison a priori de s’en priver, surtout si l’intérêt du récit est indissociable d’une tension narrative forte.

Le schéma narratif va former les bases de la structure du roman. Il est donc important de bien le définir lors de la phase de brouillon. De nombreux écrivains ne font pas de plans avant de commencer à écrire, mais ils réorganisent leur texte plus tard. Dans tous les cas, construire une structure solide pour son roman est nécessaire et indispensable.

 

Comment structurer son roman

Un roman est constitué d’actions qui s’organisent en une intrigue. Cette intrigue est composée de séquences, c'est-à-dire de passages qui forment une unité sur le plan du temps, des lieux, de l’action et des personnages. Une intrigue romanesque possède une structure-type commune à tous les récits. Elle est représentée par un schéma appelé schéma narratif qui prend en compte la suite logique des événements.

Le schéma narratif demeure parfaitement symétrique, c’est-à-dire qu’à la situation initiale correspond la situation finale, et à l’élément perturbateur correspond la résolution.

Toute histoire commence par une situation relativement stable (la situation initiale), et se termine par une autre (la situation finale). Entre les deux survient un événement (l’élément perturbateur ou déclencheur) qui rompt l’équilibre et est introduit par un connecteur temporel ; il engendre ainsi toute une série d’autres événements (les péripéties) qui généralement se concluent par un point culminant appelé « climax » : c'est le plus haut point de l'histoire, c'est là où toute la tension des péripéties va finalement exploser. Il se situe, la plupart du temps, vers la fin avant (le dénouement), jusqu’au dernier qui met un terme aux actions et conduit à (la situation finale) qui, elle, instaure un nouvel ordre ou rétablit l’ancien. La fin du récit redevient alors stable.

Au centre du schéma, les péripéties constituent généralement, en quantité, la plus grande part du récit. On pourrait d’ailleurs considérer l’élément perturbateur comme la première des péripéties et la résolution comme la dernière.

Le passage de la situation initiale à l’élément perturbateur se manifeste souvent par un changement de temps verbal. Traditionnellement, le récit commence à l’imparfait et c’est le passé simple qui indique la survenue de l’élément perturbateur.

 

Une façon d’appréhender le déroulement d’un récit

Le schéma narratif, qui décrit le déroulement d’une histoire, peut servir à la fois de grille de lecture et de plan d’écriture. Son utilité est toutefois limitée en ceci qu’il n’est guère besoin de connaître son existence pour le respecter. Assez spontanément, le moindre récit que nous faisons, même à l’oral, en répète les étapes.

Un récit peut être décomposé en une suite d’épisodes qui se présentent comme autant de micro-récits. Chaque épisode peut être résumé en fonction du schéma narratif. Leur enchaînement constitue l’intrigue. Chaque partie fait passer d’un état initial à un état final qui devient le point de départ de la partie suivante.

On peut par exemple l’appliquer au mythe d’Ulysse :

Situation initiale : Ulysse, époux de Pénélope, règne sur Ithaque.
Élément perturbateur : Hélène ayant été enlevée, les Grecs préparent une expédition vers Troie à laquelle Ulysse doit participer.
Péripéties : guerre de Troie et retour d’Ulysse, tandis que les prétendants convoitent à la fois Pénélope et le trône d’Ithaque.
Résolution : Ulysse tue les prétendants.
Situation finale : Ulysse retrouve sa place auprès de Pénélope.

Il est tout à fait envisageable de ne pas respecter ce schéma narratif volontairement, par choix littéraire. On pourra par exemple priver le lecteur de dénouement, afin de laisser ouvertes toutes les possibilités.

 

Mise en application

1/ Harry parvint à se faufiler entre le mur et lui, puis fonça dans le couloir, tandis que résonnait encore à ses oreilles le cri perçant du livre.

2/ Soudain le livre tomba ouvert sur le sol et un hurlement suraigu, à glacer le sang, retentit dans le silence de la bibliothèque. C’était le livre qui criait !

3/ Harry s'était intéressé à un gros livre noir et argent. Il l'avait posé sur ses genoux et le lisait.

4/ Il remit tant bien que mal le livre sur l’étagère, prit la fuite à toutes jambes et se retrouva face à Rusard au moment où celui-ci arrivait devant l’entrée de la bibliothèque.

5/ Les yeux pâles et furieux du gardien le regardèrent sans le voir.

6/ Harry le referma d’un coup sec, mais le hurlement continua, une note assourdissante, toujours la même. Harry tomba en arrière, renversant sa lampe qui s’éteignit instantanément. Saisi de panique, il entendit des bruits de pas qui résonnaient dans le couloir.

 

Retrouver l’ordre des séquences du schéma narratif :

  • La Situation initiale : 3
  • L’Elément perturbateur : 2
  • Les péripéties : 6 / 4
  • L’élément de résolution : 5
  • La situation finale : 1