Ateliers littérature

Atelier poétique animé le 5 février 2019 par Jean-François Sabourin

 

 

La poésie japonaise Haïku

 

 

 

Propos introductif
de Jean-François Sabourin

 

CITATION SUR LA POESIE

« Être ou devenir poète c'est un choix de vie qui est comme un arc-en-ciel : il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs. Dans ces circonstances, il est des moments où il faut choisir entre vivre sa propre vie pleinement, entièrement, complètement, ou traîner l'existence dégradante, creuse et fausse qui nous tire vers le néant. C’est dans cette forme d’espoir maintenu qu’écrire de la poésie c'est découvrir la transparence, brûler les frontières, fondre les limites, abattre les paravents... Au demeurant, qu’y a-t-il de plus passionnant voyage que celui de la vie ? La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l’embue.Tant qu'il y aura des yeux reflétant les yeux qui les regardent; tant qu'une lèvre répondra en soupirant à la lèvre qui soupire; tant que deux âmes pourront se confondre dans un baiser, il y aura de la poésie! »

Louis Aragon

 

Discussion sur cette citation de Louis Aragon

 

Oralisation

 

Tirage au sort par les participants parmi 7 poèmes choisis par l’orateur et numérotés de 1 à 7 de manière aléatoire.

L’orateur déclame les poèmes tirés au sort puis raconte ce qu’ils évoquent pour lui.

 

Poèmes déclamés par l'animateur :

 

Le Pont Mirabeau



Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Apollinaire, (1912) 

 

La courbe de tes yeux

 

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu. 

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs, 

Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards. 


Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1926

 

 

 

 

Autour du Haïku...

 

Sei Shônagon - Notes de chevet. (livre achevé en 1002)

Les Notes de chevet appartiennent au genre sôshi (écrits intimes).

Sei Shônagon est dame d'honneur de la princesse Sadako dans les premières années du XIème siècle à la Cour impériale japonaise au moment de la plus grande splendeur de la civilisation de Heian. Elle nota nuit après nuit ses émotions, ou plutôt ce qui dans la journée avait été cause d'émotions. L'originalité est qu'elle les classa. On peut donc ainsi faire le lien entre une émotion, un sentiment et les images qui l'induisent. Un peu comme un saïjiki émotionnel. Au Japon, les "mots de saison" (kigo) sont répertoriés dans des dictionnaires spéciaux appelés : "saïjiki" ou « éphémérides (almanachs) poétiques » éléments de sources d’inspiration des Haïku. On peut dire que le saïjiki est un peu au haïku ce que le dictionnaire de rimes est à la poésie française.

Elles sont parties
les hirondelles, emportant
l'étésur leurs ailes

 

 

Découverte du Saïjiku

 

Les participants découvrent des saïjikis classés dans des thématiques émotionnelles :

  1. Choses qui font battre le coeur
  • Des moineaux qui nourrissent leurs petits
  • Se coucher seul dans une chambre délicieusement parfumée
  • Une nuit où l'on attend quelqu'un
  • Etre surpris par le bruit de l'averse que le vent jette contre la maison
  1. Choses qui font naître un doux souvenir du passé
  • Les roses trémières desséchées
  • Les objets qui servirent à la fête des poupées
  • Un petit morceau d'étoffe violette et que l'on découvre dans un livre où il est resté, pressé
  • Un jour de pluie, où l'on s'ennuie, on retrouve les lettres d'un homme jadis aimé
  • Une nuit où la lune est claire
  1. Choses qui émeuvent profondément.
  • Un paysage d'hiver, quand le froid est extrême.
  • Des gouttes de rosée qui brillent comme des perles de toutes sortes sur les roseaux du jardin
  • Un étang envahi par des lentilles d'eau et des herbes aquatiques
  • Un grand arbre renversé par le vent et couché sur le sol
  • Un bateau, à sec dans une baie, à marée basse

 

Mise en situation poétique

Chacun rédige les associations qui lui plaisent enformant un ou plusieurs poèmes sans recherche de rimes.

Il est impératif, pour cet exercice, d’oublier le sens : les mots n’ont plus de signification fixe. Il s’agit de les associer au gré de phrases où seuls importent musicalité, rythme et métaphore. Il est possible d’ajouter ou de supprimer des mots pour lier les phrases entre elles.

 

exemple : 

Par une nuit où la lune est claire
Près d’un étang envahi par des lentilles d'eau 
Des moineaux nourrissent leurs petits
Surpris par le bruit de l'averse que le vent jette contre la maison.

 

Courts textes poétiques proposés par les participants

 

 Nicole  

Renversé par le vent
Les roses trémières parfumées
Brillent comme des perles
A la fête des poupées.

 François  

Un jour de pluie
Je me couche seul dans ma chambre
Le froid est extrême
Je suis surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison.

       
 Christiane  

Un paysage d'hiver, quand le froid est extrême
une nuit où l'on attend quelqu'un
une nuit où la lune est claire
où l'on s'ennuie, on retrouve les lettres d'un homme jadis aimé.



 

Découverte du Haïku

« Un Haïku,c'est la formation du regard, une leçon sur la manière de voir le monde, les choses de tous les jours et de toucher leur lien avec nos émotions. Découvrir la manière de sentir le monde, la nature partie indissociable de la vie affective et intime, l'occasion de se former à l'écoute des mille détails du monde et par là de se fondre en lui. Il ne dit pas au lecteur ce qu'il faut comprendre. Il place simplement les éléments. La subjectivité, l'émotion passe par le choix des éléments, leur mise en rapport. Les Haïkudont la résonnance est longue, intègrent toujours ce lien aux émotions, de manière discrète presque subliminale. »

Matsuo Bashô
considéré comme le plus grand poète japonais.

 

 

 

 

Définition technique du Haïku

court poème d'origine japonaise ; construit sous la forme de 3 vers ; composés ensemble de 17 syllabes soumises à une alternance 5-7-5.

  • Il peut faire partager, des émotions, des sensations, des impressions en puisant son essence dans les images de la nature.
  • Chaque Haïku repose sur un thème.
  • De l'ensemble doit se dégager un "esprit haïku". Indéfinissable en tant que tel.
  • Il procède de vécu, de ressenti, de choses impalpables.
  • La structure court-long-court rythme le poème.
  • La structure 5-7-5 est encore la plus courante.
  • Le « e »muet ne se compte pas en fin de vers.
  • Absence de ponctuation

 

Lecture de Haïkus

Ryu Yotsuya,
poète de Haïku

 

(5) Rêves suspendus 
(7) Aux cheveux blancs de l'aurore 
(5) Saupoudrés de nuit

 

(5) Automne mi-nue 
(7) Branche caline au vent 
(5) Hiver dévêtue  

 

Mise en situation

 

  1. Chaque participant écrit plusieurs Haïkus sur des thèmes libres en veillant à respecter la rythmique.
  2. Chaque texte Haïku doit comprendre 3 vers rimés ou pas composant 17 syllabes par alternance 5-7-5.
  3. Chaque participant déclame ses Haïkus en indiquant ce qu’ils évoquent pour lui.

 

Haïkus construits par les participants 

 François  

Lentement je souffre
Mon égo est déchiré
J’ai raté ma vie

 

Regardant la mer
J’aperçois un goéland
Voici mon bonheur

   
Christiane   

Seul au fond des bois
dans cette immense nuit
l'enfant est heureux