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éditions Druide

2016

 

Atelier poétique animé le 18 décembre 2018 par Jean-François Sabourin

 

 

La littérature poétique sonorités et rythme

 

 

 

Propos introductif
de Jean-François Sabourin

 

Sommaire :

  1. Introduction
  2. Sonorités
  3. Rythmes
  4. Enjambement, rejet, contre-rejet

 

 

Introduction :

La poésie ne se contente pas du sens qu’ont les mots, elle accorde une place privilégiée à la musique des mots et s’appuie sur elle pour créer du sens.

La musique des mots est comme la musique elle-même :

  • elle comporte des sons sonorités,
    (vocaliques – voyelle / ou consonantiques - consonne)

  • elle se déroule dans le temps selon un rythme (et selon un tempo : mais celui-ci n'est pas contenu dans l'écriture, il est le fait du "diseur" de poésie).



  

1/ Les Sonorités :

 

1. Les rimes:


plates ou suivies : aabb

Oh! la maison perdue, au fond du vieil hiver, 
Dans les dunes de Flandre et les vents de la mer. 
Une lampe de cuivre éclaire un coin de chambre; 
Et c'est le soir, et c'est la nuit, et c'est novembre.

 

(Emile Verhaeren)



croisées ou alternées : abab

Si vous n'avez rien à me dire, 
Pourquoi venir auprès de moi ? 
Pourquoi me faire ce sourire, 
Qui tournerait la tête au roi ?

 

(Victor Hugo)

 

embrassées : abba

Je suis venu, calme orphelin, 
Riche de mes seuls yeux tranquilles, 
Vers les hommes des grandes villes : 
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

 

(Paul Verlaine)

 

Rimes nouées :   A / A/ B/ C / C/ B


(A) Mignonne, allons voir si la rose
(A) Qui ce matin avait déclose
(B) Sa robe de pourpre au soleil,
(C) A point perdu cette vêprée,
(C) Les plis de sa robe pourprée,
(B) Et son teint au vôtre pareil.

      Las ! Voyez comme en peu d'espace,
     Mignonne, elle a dessus la place,
     Las, las ! Ses beautés laissé choir!
     Ô vraiment marâtre Nature,
     Puis qu'une telle fleur ne dure
     Que du matin jusques au soir!

     Donc, si vous me croyez, mignonne,
     Tandis que votre âge fleuronne
     En sa verte nouveauté,
     Cueillez, cueillez votre jeunesse
     Comme à cette fleur, la vieillesse
     Fera ternir votre beauté.

Pierre de Ronsard,
« Mignonne, allons voir si la rose... »

 

2. L'assonance :

  • retour d’un son vocalique (voyelle) au sein d’un vers (dans l'exemple ci-après, le poète veille de surcroît à placer ses assonances sous les accents rythmiques)

 

Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire.

 

(Jean Racine)

 

3. L'allitération :

  • retour d’un son consonantique (consonne) au sein d’un vers
    (dans l'exemple ci-après, l'effet recherché est clairement imitatif du bruit de la faux)

 

L’or des pailles s’effondre au vol siffleur des faux

 

(Paul Verlaine)

 

 

4/ Trois principaux facteurs de rythme :

 

a) La régularité de la longueur des vers

vers les plus courants :

  • octosyllabe  [  8 syllabes]
  • décasyllabe [10 syllabes]
  • alexandrin   [12 syllabes]

b) La régularité de la longueur des vers

strophes les plus courantes :

  • distique [2 vers]
  • tercet    [3 vers]
  • quatrain [4 vers]
  • sizain    [6 vers]

c) Les rythmes internes d'un vers

  • L'alexandrin classique comporte 2 groupes de 6 syllabes;
    la pause qui se trouve entre les deux groupes s’appelle la césure  
  • (les 2 groupes sont chacun un hémistiche).

(alexandrin classique)

Prêchez-moi ses vertus,  ||  contez-m’en des merveilles.

(Malherbe)


 

  • L’alexandrin romantique, à partir de Victor Hugo, se libérera de cette règle et pourra être construit, par exemple, selon 3 groupes de 4 syllabes.

 (alexandrin romantique)

Tout vient et passe ; || on est en deuil, || on est en fête.

(Victor Hugo)

 

d/ Enjambement et rejet : 

  • Si un vers se poursuit dans le vers suivant de manière complètement indistincte, on parle d’enjambement.

Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.

 

(Vigny)

 

  • Si le vers se termine par le sens et la grammaire au début du vers suivant, on parle de rejet.

(…) On se réveille. 
Pourquoi ? parce qu’on s’est la veille réveillé 
Au même instant. (…)

 

(Victor Hugo)

 

  • Si au contraire, le début du vers par le sens et la grammaire se trouve à la fin du vers précédent, on parle de contre-rejet.

On ouvre les yeux ; rien ne remue ; on entend 
Au chevet de son lit la montre palpitant.

 

(Victor Hugo)

 


 

Jeu poétique du questionnaire

 

  1. Composer un texte à partir des réponses (non divulguées) par les participants aux questions qui leur sont posées.
  2. Introduire des vers rimés une fois le texte dévoilé.

 

Exemple de questionnaire :

  1. de qui s’agit-il ?
  2. où se trouve-t-il ?
  3. que fait-il ?
  4. quand cela se passe-t-il ?
  5. que dit-il ?
  6. qu’en pensent les gens ?

Précision (il ou elle mais aussi ils ou elles possibles)

 

Exemple de texte produit et enrichi de rimes croisées (alternées) :

 

"Une vieille dame

assise sur la Tour Eiffel

tricote des chaussettes de laine

lorsqu’arrivent les marées d’hiver

elle murmure : « Dors, mon enfant »

Les gens pensent qu’il sera trop tard

Après la pluie vient le beau temps !

Fleurissent sur l’eau. "

 

"Une vieille dame hautaine

assise sur la Tour Eiffel de verre

tricote des chaussettes de laine

lorsqu’arrivent les marées d’hiver

elle murmure : « Dors, mon enfant»

Les gens pensent qu’il sera trop tard

Après la pluie vient le beau temps!

Fleurissent sur l’eau les nénuphars."