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LES JUBILATIONS
DE L'ECRITURE

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 

ESQUISSES D'ECRITURE

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 Atelier du mardi 4 septembre animé par Jean-François Sabourin

 

 

Les Jubilations de l'écriture

 

 

Phase A   (1 h 20)

Matériel : papier, crayon, dictionnaire

Consigne :
Choisir quatre mots parmi ceux exprimés par les autres participants au cours d’un tour de table
sur un texte lu par l’animateur. Écrire un texte de son choix comportant les quatre mots.

 

Phase 1

Oralisation : 10’

Lecture d’un texte par l’animateur :

 

Extrait de « JUBILATIONS VERS LE CIEL »

Nestor n’a que 12 ans lorsqu’il rencontre la femme de sa vie, la « belle Hélène », petite « muse en socquettes blanches », « ligotée au totem de sa beauté encombrante » et déjà il sait qu’il ne pourra jamais oublier « sa petite amoureuse ». C’est l’histoire de cette passion obsessionnelle qui durera jusqu’à la mort et même par delà. A tous les âges de sa vie, il poursuivra la belle sans relâche, ne vivant que dans l’espoir de l’admirer et de la faire sienne. Nestor dangereux chevalier romantique et névropathe, prêt à tout pour conquérir sa « promise », s’imaginera même marié à elle dans une scène à la fois drôle et émouvante, où les alliances sont dessinées à l’encre de leur pupitre et qui rappelle le mariage fictif d’Anissa Corto sur sa pierre tombale.
Nestor apprend d’Hélène comme une leçon dont il suscite les paragraphes. Il ânonne cette histoire d’Elle dont il tisse heure par heure la toile des épisodes. Il doit la connaître sous toutes les coutures de sa beauté, toutes les allures, la panoplie des réactions, la collection des émotions.

" -  Je l’embrasse dit-il. Mon âme se délivre avec la cruauté d’un appétit de la fermeté minérale de cette bouche de femme, harmonie des mollesses et de clapotis, mûre, intacte, sonore. Poulpeuse plus que pulpeuse avec ses anémones qui frôlent, ses branchies qui palpitent, ses fruits qui respirent, les nuances humides de l’épiderme en lueurs roses et les tréfonds flous des larmes fouettées par les spasmes. Bouche de femme. Orifice moite et de miracles, l’eau des battements sourds, le vagin du visage. Bouche de femme. Le sang et le lait. Les flux qui colorent les joues, la honte et l’embarras, empruntant au sommeil un peu d’éternité : le baiser.

Yann MOIX.

 

Phase 2

Oralisation : 20’

Chaque participant à tour de rôle s’exprime à partir du texte lu. Pendant ce tour de table, chacun est invité à noter quatre mots retenus dans les propos entendus.

 

Phase 3

Verbalisation : 30’

Chaque participant rédige un texte de son choix dans lequel doivent figurer les quatre mots retenus.

 

Phase 4

Mise en commun : 20’

Chaque participant lit son texte face au groupe après avoir listé les quatre mots. Après chaque lecture un instant de réactions collectives à partir du ressenti de chacun.

 

 


 Textes réalisés en cours de séance

 

Carole

Mots choisis : tisser ; coudre ; sommeil ; baiser

 

La bâtisse était à peine visible. On distinguait un bout de tour, une sorte de donjon, quelques créneaux en hauteur. Une pierre grise et dure qui transperçait la brume épaisse. Et pourtant depuis des siècles et des siècles, il était là, ce château, énorme, enfoui au creux de la forêt dominée par les séquoias, chênes centenaires et autres buissons noirs. Austère, froid, impressionnant. 

Son plaisir à elle, le plus fort et le plus fou sans doute, c'était de s'y rendre chaque jour, de l'aube au couchant, se jouant des saisons comme des intempéries. Elle aimait s'y retrouver seule, parcourir les allées, sentir les portes s'ouvrir sur son chemin, puis se refermer derrière elle. Elle grimpait les marches, innombrables, errait dans les couloirs vides, désertés. C'est là qu'elle se sentait bien, inspirée. Elle usait ses doigts à tisser, coudre, broder, filer et créer ainsi les seuls éléments d'un décor qui durerait longtemps, longtemps. Rideaux, tentures et autres brocards soyeux. Les mains abîmées par l'aiguille, les yeux fatigués et le visage pâli, elle finissait ses journée lorsque le sommeil l'emportait. Jusqu'à ce jour où un sommeil plus long, plus profond qu'à l'accoutumée se présenta. Les années s'était égrenées, l'enthousiasme élimé. Seules restaient cette endurance, cette volonté tenace de poursuivre le travail engagé, jusqu'au dernier souffle de vie. Elle s'endormit... une nuit... une saison... une année... ou pour toujours.

S'éveillerait-elle sur un baiser ?

François

Mots choisis : passion ; amour ; douze ; Président

 

Il était très jeune lorsque lui prit une passion obsessionnelle. Il n’en avait alors pas conscience, pourtant même dans ses rêves, cette passion revenait. Ses camarades de classe voyaient en lui, comme si un amour impossible était né dans son for intérieur. Tout dans son comportement, sa solitude, son absence mentale durant les cours, son visage embelli pas un sourire intelligent et rayonnant, instillaient une présence humaine qui hantait sa vie. Certains de ses professeurs pensaient à un amour à douze ans. Pourtant, quelque chose faisait penser que tous se trompaient. Ses lectures, par exemple, qui portaient souvent sur des autobiographies d’hommes politiques ou sur l’histoire des républiques. Egalement, la façon dont il s’habillait, très soignée, quelquefois même, portant une cravate ; et puis, en cours de récréation, son goût pour diriger et organiser les jeux de ses copains. A mesure que le temps passait, il restait souvent seul et les enfants  de son âge avaient tendance à l’oublier. Qui aurait pensé au destin dont il rêvait. Chef d’entreprise, industriel de haut niveau, polytechnicien. Non. Ce n’étaient pas de tous ces métiers. Dès le plus jeune âge, il avait l’idée d’être Président de la République, et … il le fût.

Daniel  

Mots choisis : Nestor ; bonheur ; rêve ; aimer

 

Aimer à tous les temps, à tous les âges, rêver et vivre sa passion, rechercher le plaisir des sens avec l'être idéalisé comme Nestor troublé par une sexualité précoce… Encore faut-il trouver sa promise... N'est-ce pas une éternelle poursuite que la recherche du bonheur dès l’enfance ? N'est-ce pas vivre un rêve éveillé ? Le visage de la promise, son sourire, ses lèvres purpurines, son regard, sont-ils des appâts, des pièges ? Qu'importe ! Peut-on vivre sans aimer ?

 

 


 

 

Phase B    (40 ')

 

 

Matériel : un dictionnaire 

Consigne :  Nom + ou – X
Modifier un texte en remplaçant tous les noms par le dixième mot qui le précède ou qui le suit dans le dictionnaire.
Texte imposé : « le corbeau et le renard » de Jean de la Fontaine.

 

Texte initial

Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :

"Hé, bonjour, Monsieur du Corbeau !
Que vous êtes joli !
Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois."
A ces mots, le Corbeau ne se sentit pas de joie,
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec et laisse tomber sa proie.

 

Exemple de texte modifié

Le Cor et le Remugle

Maître Cor, sur une arcature perché,
Tenait en son bec de lièvre une frondaison.
Maître Remeugle, par l’odontomètre alléché,
Lui tint à peu près ce lambris :

"Hé, bonjour, Monsieur du Cor !
Que vous êtes joli !
Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramassis
Se rapporte à votre plot,
Vous êtes le phélloderme des hotus de ces boîtes."
A cette motilité, le Cor ne se sentit pas de jointure,
Et pour montrer sa belle volapük,
Il ouvre un large beaupré et laisse tomber sa prolapsus.