Ateliers littérature

Ateliers d'écriture

Quelques suggestions

LES JUBILATIONS
DE L'ECRITURE

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 

ESQUISSES D'ECRITURE

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 

IMAGES ET MOTS D'ELLES

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

Atelier d'écriture animé mardi 18 juin 2019 par Jean-François Sabourin

 

 

Des neurones à la lecture... 

 

 

 

Propos introductif
de Jean-François Sabourin

18 juin 2019

 

 

Seconde partie : Exposé présenté par François et Nicole Bergniard 

 

 

 

 

 

L’invention de la lecture :

Les neurones de la lecture

Exposé réalisé d’après l’ouvrage de Stanislas Dehaene

Partie 2

 

 

L’invention de la lecture :

 

Le pouvoir de l’écriture est véritablement magique parce qu’elle étend considérablement les compétences de notre cerveau.

Il existe des traits communs à toutes les écritures :

  • Elles présentent à la fovéa de la rétine une haute densité de traits contrastés, d’où optimisation de l’information transmise.

  • Elles utilisent toutes un petit répertoire de formes de base, dont la combinatoire hiérarchique génère des sons, des syllabes et des mots, même les caractères chinois et japonais. Cette organisation hiérarchique s’ajuste étroitement à la pyramide des aires corticales.

  • Elles considèrent toutes que la taille et la position absolues des caractères n’ont pas d’importance. Les caractères doivent toujours être orientés dans le même sens.

  • La plupart des écritures dénotent des éléments de son et de sens commun.

     

     

    Toutes les écritures semblent fondées sur une grande pyramide hiérarchique dont le nombre d’or est 3, plus ou moins 1 :

    Pour que chaque caractère ait une forme optimale pour être aisément reconnaissable par un neurone unique du cortex temporal ventral, presque tous les caractères sont formés d’environs trois traits (lettres T ou P = 2 traits, F ou N = 3 traits, M ou W = 4 traits). Par contre, ce qui différencie les différents alphabets1, ce sont le nombre de lettres dont ils sont constitués (étrusque : 23 ; alphabet phonétique : 170).

    De même, on a constaté qu’un cran plus bas, les traits fondamentaux sont reconnus comme conjonction de deux, trois ou quatre segments de droite ; un cran plus haut, les unités composées de plusieurs lettres (racines des mots, préfixes, suffixes, terminaisons grammaticales) font presque toujours deux, trois ou quatre lettres de long.

     

     

    Derrière l’apparente diversité des écritures se cachent des régularités universelles, profondément ancrées dans notre cortex visuel :

    Toutes les écritures, qu’elles soient alphabétiques, syllabiques ou logographiques, font appel à un petit ensemble de traits dont les fréquences suivent un profil universel. Elles s’apparentent le plus souvent à des images naturelles, vraisemblablement codées dans nos neurones avant que nous n’apprenions à lire. Nos ancêtres ont remarqué comme nécessaire de s’inspirer des formes que l’on trouve dans la nature, pour le choix de la forme des caractères. Aussi, ils ont eu l’idée, par essais et erreurs, de noter la langue par écrit et d’utiliser les formes caractéristiques des « protolettres » ; car ces formes sont déjà codées au plus profond de notre cortex. Peut-être parce que notre cerveau de primate n’admet qu’un petit jeu de formes écrites !

 

 

Ce sont dans les grottes que l’on voit l’apparition de l’écriture.

Les premiers arts graphiques datent de 33 000 avant notre ère. Un simple tracé du contour de la forme suffisait à représenter un animal ou un objet : un rôle essentiel dans l’invention de l’écriture. Ce sont les premières représentations empiriques de l’homme sur son système nerveux, ainsi que la première forme d’ « autostimulation » du système visuel.

Car on a retrouvé dans les grottes un riche ensemble de formes non figuratives : une forme de symbolisme qui apparaît en même temps que le dessin. Egalement, la représentation de mains peintes, parfois avec des doigts tronqués. Code symbolique, langage gestuel de chasse : ces représentations interrogent !

 

L’écriture est née de la comptabilité.

8 000 ans avant notre ère, apparaissent des formes abstraites (cônes, cylindres, sphères, tétraèdres, etc...) sur de petits objets. Vers – 3300 ans, l’écriture d’un nombre suivi d’un symbole de l’objet témoignent de l’existence de comptable. Dès – 2000 ans, l’utilisation de symboles gravés (« glyphes ») permet de marquer les unités de temps. Puis, vers – 600 ans, d’autres signes pour représenter dates, lieux et personnages.

C’est certainement le codage des nombres qui a permis l’émergence de l’écriture, sous forme géométrique simple. La pictographie apparaît et permet d’enrichir le lexique des formes écrites. Avec l’image, la reconnaissance est facilitée. Dès cet instant, l’espace des représentations du cortex visuel est exploité pour associer des mots à des sons et à des sens. On peut remarquer que les symboles employés sont ni des lieux, ni des visages, qui eux, sont mémorisés dans une zone différente du cortex. L’efficacité de ce système avait- il déjà été remarqué ?

L’étape pictographique est brève.

Pour dénoter des idées abstraites, l’écriture évolue, adopte des conventions. Il s’agit d’un long apprentissage qui devient l’art d’une élite. Différents peuples développent l’écriture, un jeu de caractères symboliques conventionnel, avec comme principale difficulté : écrire rapidement. Une simplification des symboles marque aussi l’évolution de l’écriture.

Avec la stylisation, une contrainte apparait : « écrire droit », c’est-à-dire orthographier, seule bonne manière de dessiner correctement les caractères.

Pour écrire un mot abstrait, dont le contenu est impossible à prononcer, on emprunte à un ou plusieurs autres mots dont les sonorités imitent le son désiré. Les sonorités prennent de l’importance.

 

 

page2image29503184

 

 

 

L’alphabet : génial simplification :

La complexité des premières écritures fut le nombre de signes qui les composaient. Aussi, en allant vers une écriture syllabique, ce nombre fut réduit, comme ce fut le cas pour les langues sumérienne et égyptienne. Puis vint une véritable mutation. Les premières traces d’une écriture datent de 1 700 ans avant notre ère, dans la péninsule du Sinaï. Désormais, les signes sont utilisés pour dénoter exclusivement une sonorité, et uniquement celle des consonnes, ce qui réduit fortement le répertoire des symboles.

Une véritable invention culturelle vit le jour, un principe simple : se concentrer exclusivement sur la notation abstraite des racines et des sons de la langue. Seules, quelques consonnes formaient un tout petit lexique ; les voyelles variaient librement. Ce sont des langues sémitiques2, comme l’hébreu ou l’arabe.

Les formes des lettres ont été choisies pour une représentation particulière : par exemple le b (béta)représente le plan d’une maison ; le mot ‘aleph (« le bœuf ») deviendra la lettre alpha a en grec, puis notre A ; le « m » symbolise les vagues ; le N un serpent.

On construit ainsi, au fil du temps, par tâtonnement, un jeu de caractères simplifiés facilement reconnu par les neurones spécialisés du cortex occipito-temporal ventral, et plus facile à reconnaître par notre système visuel.

Avec cette grande simplification, l’alphabet se démocratise partout sur la planète.

Dernière amélioration importante intervenue grâce aux Phéniciens : la spécification de certaines voyelles par des symboles additionnels appelés « mères de la lecture » ; ce sont des consonnes reconverties pour noter la présence de certaines voyelles. Cependant, cette invention avait un défaut majeur : les mêmes symboles pouvaient représenter tantôt une consonne, tantôt une voyelle. Ce sont les Grecs qui inventèrent l’alphabet moderne en transformant certaines lettres en pure voyelle, comme le « a ». De plus, des graphèmes complexes virent le jour, formés de deux voyelles, tel que le « ou ».

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on disposait d’un inventaire graphique complet et minimal des sons d’une langue - le grec - une notation capable de transcrire les plus petites unités sonores de la langue parlée, les phonèmes, capable aussi de tout transcrire.

 

D’une langue à l’autre :

Le français est d’une incroyable complexité, bien plus difficile que l’italien ; par exemple : « femme » il n’y a pas de « a » phonique ; le son « f » peut-être décliné en « ph ». Des graphies distinctes pour des mêmes sons, sont aussi une difficulté : « seau », « sot », « sceau » et « saut » ;

En anglais comme en français, les mots sont assez courts mais les homonymes fréquents, d’où nécessité d’un mélange de transcription phonétique et lexicale. Par exemple, la même suite de lettres « ough » peut se

prononcer très différemment suivant le mot. Pour lire à haute voix, le lecteur anglophone doit posséder un grand lexique mental.

En italien, à chaque lettre correspond un seul son, les élèves italiens apprennent beaucoup plus facilement leur langue que les français. Les mots italiens sont longs, plusieurs syllabes, les accords grammaticaux sont bien distingués par des voyelles sonores, les homonymes sont rares. C’est une langue transparente.

En chinois le phénomène est inverse ; il y a presque une seule syllabe par mots (1 300 syllabes). 10 000 caractères transcrivent les mots. Il faut apprendre des milliers de signes.

L’emphase sur le sens explique pourquoi le français dispose autant de graphies distinctes pour les mêmes sons: «seau», «sot», «sceau» et «saut». Si l’on transcrivait tous ces mots phonétiquement, il deviendrait impossible de les distinguer à l’écrit.

A la lecture, le cerveau peut employer deux voies différentes ; la voie phonique pour les mots nouveaux ; la voie directe pour les mots que nous connaissons ; puis il fait intervenir la zone où les sens des mots sont mémorisés ;

Chaque mot à son « démon » ; lorsque nous lisons un mot, il y a dualité entre les démons qui s’activent en parallèle (par exemple, pour le mot « lien », d’autres démons se présenteront pour s’attribuer le mot lu : bien, rien...... Au final, c’est celui le plus proche de la vérité qui s’imposera ;

Notre mémoire contient entre 40 000 et 50 000 mots, sans compter les noms composés, ou les sigles.

 

 

 

 

Une même région :

Dans toutes les cultures, en dépit des formes variées, les mots écrits s’inscrivent toujours dans la même région cérébrale. Il en est de même du chinois. Dans cette langue, il existe une transcription des mots en alphabet latin. Les jeunes générations sont « bigrammes »3. Les deux systèmes d’écritures se recouvrent dans la même zone : la région occipito-temporale gauche.

En japonais, il y a deux systèmes de notation : le «kanji » un jeu de 3 000 caractères emprunté aux chinois. D’autres caractères sont écrits en notation « kana » qui représentent 46 caractères et qui forment des syllabes. Une fois de plus, ces deux notations sollicitent la même région, la région occipito-temporale- ventrale gauche ».

 

 


 

 

Seconde partie animée par Jean-François Sabourin d'après l'exposé sur  l’ouvrage de Stanislas Dehaene

 

1- L’Anadiplose


Enchaînement de phrases dont la dernière syllabe est la première de la phrase suivante. Celle-ci peut aussi être incluse ailleurs dans le premier mot débutant la phrase.

  1. Chacun consulte une liste de phrases extraites de l’exposé et assemble ces phrases pour écrire un court texte : il est possible d’inclure des mots pour faciliter les jonctions.

Exemple :

La lecture a pris possession de notre cerveau.

C’est plus en aval que se situe la reconnaissance des lettres et des mots.

Au cours de la vie, chaque neurone ajuste en permanence ses connexions.

Si les humains ne faisaient que copier leurs voisins.

L’espace entre les lettres joue aussi un rôle important quant à la rapidité de lecture.

Le cortex visuel est structuré dès la naissance.

Durant la lecture, survient ensuite une explosion d’activités.

Un instant au regard de l’évolution.

Mots et visages activent des régions comparables du pôle occipital, tout à l’arrière de la tête.

 

La lecture a pris possession de notre cerveau. Au cours de la vie, chaque neurone ajuste en permanence ses connexions. On sait que si les humains ne faisaient que copier leurs voisinsUn instant au regard de l’évolution. Précaution prise, c’est plus en aval que se situe la reconnaissance des lettres et des mots. Mots et visages activent des régions comparables du pôle occipital, tout à l’arrière de la tête.

 

Lignes proposées

optimale pour la forme de chaque caractère

les mots écrits s’inscrivent toujours dans la même région cérébrale

elle s’apparente le plus souvent à des images naturelles

alphabétiques, ou syllabiques, elles font toutes appel à un petit ensemble de traits

l’écriture a toujours joué un rôle essentiel

dans toutes les cultures

l’alphabet se démocratise partout sur la planète

pour la première fois dans l’histoire de l’humanité

universelles dont les fréquences se retrouvent dans toutes les écritures

abstraite au début, l’écriture évolue

 

2- Fouiller sa mémoire

Dans son livre intitulé « Je me souviens », l’écrivain Georges Perec relate 480 petits souvenirs de la vie quotidienne, tels qu’ils lui reviennent à l’esprit, tout en invitant le lecteur à continuer cet inventaire.

[...]

Je me souviens comme c'était agréable, à l'internat, d'être malade et d'aller à l'infirmerie.
Je me souviens des postes à galène.
Je me souviens quand on revenait des vacances, le lerseptembre, et qu'il y avait encore un mois entier sans école.
Je me souviens qu'au pied de la passerelle qui, en haut de la rue du Ranelagh, traversait le chemin de fer de ceinture et permettait d'aller au bois de Boulogne, il y avait une petite construction qui servait d'échoppe à un cordonnier et qui, après la guerre, fut couverte de croix gammées parce que le cordonnier avait été, paraît-il, collaborateur.
Je me souviens qu'un coureur de 400 mètres fut surpris en train de voler dans les vestiaires d'un stade (et que, pour éviter la prison, il fut obligé de s'engager en Indochine).
Je me souviens du jour où le Japon capitula. Je me souviens des scoubidous.
Je me souviens que j'avais commencé une collection de boîtes d'allumettes et de paquets de cigarettes.
Je me souviens des « Dop, Dop, Dop, adoptez le shampoing Dop ».
Je me souviens de l'époque où la mode était aux chemises noires.
Je me souviens des autobus à plate-forme : quand on voulait descendre au prochain arrêt, il fallait appuyer sur une sonnette, mais ni trop près de l'arrêt précédent, ni trop près de l'arrêt en question.
Je me souviens que Voltaire est l'anagramme d’Arouet L(e) J(eune) en écrivant V au lieu de U et I au lieu de J.

[...]

Georges Perec, Je me souviens, collection P.O.L., © Hachette, 1978.

 

 Consigne :

  • À la manière de G. Perec, faites l’inventaire de vos souvenirs d’enfance, tels qu’ils surgissent.
  • Chaque phrase doit commencer par :" Je me souviens..."
  • Le texte ne devra pas excéder 15 lignes.

 

 

3- Le Pangramme


Voici un poème pris dans l’Anthologie de la poésie de langue française du XIIème au XXème siècle, Michel Cazenave, Hachette, 1994.

Ce poème, écrit au début du XVIème siècle, utilise les 25 lettres de l’alphabet dans l’ordre chronologique. Chaque mot commençant par l’une de ces lettres.

Admirable Beaulté Célicque,
Divine Et Ferveur Glorïeuse,
Honneste, Juste, Katholicque,
Luciférant, Miraculeuse,
Nette, Odorable, Précïeuse,
Quérant Refuge Suportable,
Tousjours Vierge Xpristicoleuse
Ymne Zélable

Destrées

 

 Consigne :

Composez un poème en suivant la même règle que Destrées, mais avec l’alphabet actuel et une orthographe moderne.

Odile

Au                                                   Bord :                                             Crevasses

Démesurées,                                   Eclatées ;                                         Frayeur

Grandissante ;                                Hauteur                                           Incroyable !

Joli                                                   Kairn (cairn)                                     Lointain.

Montagnes,                                    Névés                                              Ou

Pics                                                 Quelconques

Retour                                             Ski ;                                                 Traversée

Ubuesque                                       Ventilée.                                        Week-end

relaXant                                          Yogique                                           Zénifiant.