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LES JUBILATIONS
DE L'ECRITURE

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 

ESQUISSES D'ECRITURE

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 

IMAGES ET MOTS D'ELLES

Edition iNSPIR'EDITIONS
Carole Poujade

 

Atelier d'écriture animé par Jean-François Sabourin le 4 septembre 2019

 

 

Propos introductif
de Jean-François Sabourin
4 septembre 2019

 

Pour favoriser l'expression personnelle et la créativité, nos ateliers d'écriture
se déroulent dans la convivialité et le non-jugement.

Chacun est invité à laisser respirer son écriture, revisiter à sa guise ses rêves et ses envies,
son quotidien et le champ des possibles. 

On y cherche la spontanéité, sur des temps d'écriture courts,
à partir de propositions aménagées par l'animateur.

Ensuite, on lit, on écoute, on échange.

 

 

 

Atelier d'écriture

 

 

Atelier 1 

faire un inventaire.

 

Consigne :

Faites l’inventaire des choses qui vous marquent.

 

DEUX EXEMPLES :

 

CHOSES ÉLÉGANTES.

Sur un gilet violet clair, une veste blanche.

Dans un bol de métal neuf, on a mis du sirop de liane, avec de la glace pilée.

De la neige tombée sur les fleurs des glycines et des pruniers.

Un très joli bébé qui mange des fraises.

 

CHOSES QUI ONT UN ASPECT SALE.

L'envers d'une broderie.

L'intérieur de l'oreille d'un chat.

Une foule de rats, dont le poil n'est pas encore poussé, qui sortent du nid, tout grouillants.

Les points des coutures, à l'envers d'un vêtement de fourrure qu'on n'a pas encore doublé.

Quand il fait sombre dans un endroit qui ne semble pas particulièrement propre.

 

Vous pouvez suivre cette liste, mais aussi la varier avec d’autres thèmes :

 

♦ CHOSES DÉSOLANTES.

♦ CHOSES QUI FONT BATTRE LE CŒUR.

♦ CHOSES QUI NE FONT QUE PASSER.

♦ CHOSES QUI DOIVENT ÊTRE COURTES.

♦ CHOSES QUI ME METTENT EN COLÈRE.

♦ CHOSES QUI ME FONT RIRE.

♦ MES FAIBLESSES.

♦ MES ATOUTS.

 

CAROLE

Choses qui doivent être courtes :

 

  • Les meilleures plaisanteries.
  • La queue d’un chat après le passage de la voiture.
  • La journée de travail.
  • Les journées noires de notre vie.

 

Choses qui ne font que passer :

 

  • La caravane quand les chiens aboient.
  • La nuit qui précède le jour.
  • La taille de guêpe et le teint de rose des jeunes années.
  • Les gouvernements de la Ve République.

 

 

Christiane

 

 

Les choses qui font battre le coeur :

 

  • les prémices du printemps.
  • le premier flocon annonçant le silence.
  • le regard de braise d'un bel italien.
  • le grillon m'offrant sa musique.

 

 

 

Atelier 2 

le vers rhopalique

 

Définition :

Un poème en vers rhopaliques est un poème dont le premier vers ne possède qu'une syllabe et les vers suivants une syllabe de plus que le vers précédent (le poème forme un triangle). 

 

Exemple :

  (1)  À
  (2)  un mur
  (3)  blanc sale
  (4)  montent certains
  (5)  vigoureux et fiers
  (6)  aristoloches gris
  (7)  sarmenteux persicaires
  (8)  monstrueux cucurbitacées
  (9)  indisciplinables herbacées
(10)  inimaginables chèvrefeuilles.

 

Latis. Oulipo, éditions Gallimard, 1973.

 

Consigne :

À votre tour, et en respectant la même règle, essayez d’écrire un poème qui comporte dix vers.

Le tout doit avoir une cohérence et un thème.

 

ODILE

La

Mer bleue

Turquoise

Ce mercredi

M’était apparue

Particulièrement

Agréable, paisible

Propice à la fantaisie

Car un effet miroir intérieur

Reflétait la grandeur océane.

 

 Carole  

Près

D’eux deux

Coule un long

Fleuve gris bleu

Etroit mais fougueux

Qu’on appelle Rhône

Près d’eux deux, la Camargue

Taureaux et gardians en sommeil

Et s’envolent des cohortes de

Mille flamants aériens et funambules.

 

Christiane  

La

nippe

tricotée

jaune citron

de préfèrence

vêtement démodé

certainement rapiécé

évidemment on s'en doute

dans une armoire à glace

attend bohémien pour être portée.

   
   

 

Atelier 3 :

le détournement de sens.

Voici un sketch de Raymond Devos :

 

Sauver la face

On a beau ne pas être des machines, on s'use ! On s'use ! De temps en temps, il faut se faire faire une petite révision générale. Moi, j'en viens !
Je suis allé voir un spécialiste des organes... Quand il m'a vu arriver, il a fait :
– Ah !... Il y a longtemps que vous vivez là-dedans ?
– Ça va faire quarante ans !... Et sans faire de réparations !
– Ça se voit !... A priori, il faudrait tout abattre !
– ! ! !...
Quand il m'a dit cela, moi qui me trouvais bien, j'ai failli me trouver mal !
J'ai dit :
– Oh ! Eh ! Non ! Moi, je voudrais simplement que vous me remplaciez les organes usagés. – Ça ne vaut pas le coup ! Et puis quand je vous aurai greffé un rein
ou transplanté le coeur d'un autre, ce n'est pas cela qui vous fera une belle jambe.
– Vous n'avez qu'à me greffer une autre jambe.
– Hé ! C'est que je n'en ai pas sous la main ! .... C'est qu'une jambe, ça ne court pas les rues !
– Si vous en voyez une qui traîne par là...
– Je vous la mettrai de côté. Mais je vous préviens... une jambe, cela va vous coûter les yeux de la tête !
– Tiens ! Je croyais que la greffe, c'était à l'oeil !
– Heureusement que ce n'est pas à l'oeil !... Ici, tout ce qui est à l'oeil est hors de prix ! Il y a combien de temps que vous vivez là-dedans, m'avez-vous dit ?
– Quarante ans ?
– Dans la même peau ?
– Dans la même peau.
– Eh bien, il serait temps d'en changer.
– Si vous avez une peau de rechange...
– Vous n'avez pas de chance... En ce moment, je manque de peau ! Et puis fermez un peu les yeux pour voir ! !... Est-ce que vous distinguez quelque chose à l'intérieur ?...
– Oui, je vois comme une petite lueur.
– Alors, tout espoir n'est pas perdu... Vous avez encore une vie intérieure !
– Et pour l'extérieur ?...
– À votre place, je continuerais de marcher comme cela, en essayant de ne rien perdre en route !... Et puis je me laisserais pousser la moustache.
– Vous croyez que cela sauverait la face ?
– Non ! Mais cela en cacherait une partie !

Raymond Devos, Sens dessus dessous, 1976. Éd. Stock.

 

CONSIGNE :

À la manière de Raymond Devos, imaginez un dialogue absurde ou vous jouerez à détourner le sens des expressions imagées que vous emploierez.
Pour vous aider, voici une liste d’expressions populaires à détourner.

  • Avoir le cœur sur la main.
  • Avoir un cœur d’or.
  • Le cri du cœur.
  • Parler à cœur ouvert.
  • En avoir le cœur net.
  • Faire le joli cœur.
  • Ne pas avoir froid aux yeux.
  • Avoir les yeux plus grands que le ventre.
  • Coûter les yeux de la tête.
  • Faire les gros yeux.
  • Faire les yeux doux.
  • À l’œil.
  • Taper dans l’œil.
  • Tourner de l’œil.
  • Ne dormir que d’un œil.
  • Faire de l’œil.
  • Avoir bon pied bon œil.
  • Être bête comme ses pieds.
  • Casser les pieds.
  • Faire du pied.
  • Mettre les pieds dans le plat.
  • Prendre son pied.
  • Ne pas savoir sur quel pied danser.
  • Avoir chaud aux fesses.
  • Serrer les fesses.
  • Ne pas avoir sa langue dans sa poche.
  • Une langue de vipère.
  • Avoir un mot sur le bout de la langue.
  • Perdre la tête.
  • Faire la tête.
  • Avoir la grosse tête.
  • Donner sa tête à couper.
  • Avoir la tête en l’air.
  • Être mouillé jusqu’aux os.
  • Tomber sur un os.
  • Avoir quelqu’un dans le nez.
  • Se casser le nez.
  • Avoir un coup dans le nez.
  • Se laisser mener par le bout du nez.
  • Avoir les dents longues.
  • Claquer des dents.
  • Montrer les dents.
  • Garder une dent contre quelqu’un.

 

Carole  
  • Ho ! Quelqu’un a crié ! J’ai entendu un cri, pas toi ?
  • Moi ? Rien du tout. Àquoi ça ressemblait ? Un cri d’amour ? Un cri d’effroi ?
  • Non ! C’était un cri du cœur.
  • Du cœur, mais… de quel cœur ? Un joli-cœur ? Un cœur déchiré ?
  • D’un cœur gros, d’un cœur serré, d’un cœur au bord des lèvres.
  • Oh ! Arrête donc tout de suite, tu vas finir par me donner mal au cœur !
  • Attends, moi, je dois aller voir. Reste ici si tu veux. Mais, moi, je dois en avoir le cœur net.
  • Oh et bien vas-y si tu veux. Je t’attends ici. J’ai trop peur. Mais, crois-moi, je suis de tout cœur avec toi !

 

Raymond s’éloigne de la scène et disparaît dans les coulisses. Jacques reste seul un moment puis reprend à voix haute.

 

  • Et s’il ne revenait pas. Je l’aime bien moi, Raymond ! C’est vrai, il a le cœur sur la main. Et il en met du cœur à l’ouvrage, pour chaque chose ! Ah, vla t’y pas que j’ai le cœur gros moi maintenant. L’avoir laissé tout seul. Je n’ai pas de cœur, là !

 

Le temps passe. La tension monte. Tout d’un coup, un coin de rideau se lève. Jacques est terrifié.

 

  • Ah !crie-t-il d’un coup. Un cri d’effroi, terrifiant, déchirant, puis il s’écroule net, mort sur le sol.

Raymond sort de l’ombre, ricanant doucement.

 

  • Eh ! Eh ! Je vous l’avais bien dit que j’avais entendu un cri du cœur !

 

Le rideau tombe.