Ateliers littérature

Soirée lecture animée par Jean-François Sabourin le 22 janvier 2020

 

 

 

 

 

 

Christian BOBIN

« Ressusciter »

Edition Folio

 

Ressusciter est un recueil de  petites pensées, réflexions, aphorismes sur la vie, la mort et l'amour et de souvenirs d'instants de vie. Il y a beaucoup de poésie, une infinie tendresse et une vision du monde peu commune dans l'écriture de Christian Bobin.
Une vision qui, sans craintes, nous fait découvrir les fines frontières qui existent entre la vie et la mort...
Narrer des moments de la vie, sensibles et purs, est la manière pour l’auteur, de nous faire partager son vécu et son ressenti. 

Un sens inné pour la poésie, ici encore, Christian Bobin l’exprime, et nous emmène cheminer à travers des rencontres, des situations et des lieux qu’il a côtoyés, en employant des mots simples, dont aucun ne parait superflu.

« Une tourterelle, longtemps immobile et songeuse sur une branche du tilleul, s’envole brusquement, comme saisie par une pensée si belle qu’il lui faut tout de suite aller la dire à son ami. »

Cet exemple de prose poétique se lit et se relit. On ne peut que marquer un temps d’arrêt après chacune de ces réflexions, le temps d’un rêve où nous sommes invités.

Amis de la poésie et de ce que nous offre de plus merveilleux ce monde, je ne peux que vous conseiller d’ouvrir cet ouvrage dans vos mains.

 

Livre présenté par François

 

 

 

« Le peuple de mon  père »

Yaël Pachet

Edition Fayard

 

 

On entre parfois dans les livres qui relatent le deuil d’un être cher avec un sentiment d’indiscrétion. Une part très privée y est dévoilée dont on devient comme le voyeur. Avec le livre bouleversant de Yaël Pachet, le sentiment est exactement inverse. On est invité, bienvenu, dans un large espace de relation et d’amitié, comme le suggère le si beau titre de l’ouvrage. Entrer dans le monde des souvenirs de ses parents, écrit-elle, c’est retourner la terre encore plus profondément.

À la fois journal de deuil, au plus juste des émotions et des sentiments, et fresque identitaire et familiale. Le   roman de Yaël Pachet retrace ainsi la vie de Pierre, fils de ­Simkha, juif d’Odessa arrivé en France avant la première guerre mondiale, et de Ginda, originaire de Lituanie, tous deux porteurs d’une « mémoire en souffrance ». La fille de l’écrivain mesure, après la mort de son père, l’étendue de ce qu’il lui a transmis en lui léguant le goût des livres, de l’écriture et de la vie intérieure, ce kaddish sans retenue, cette prière des morts chuchotée au chevet d’un mort aimé. Mue par l’adoration qu’elle lui vouait mais aussi l’impérieuse nécessité de l’écriture qui avait irrigué la vie de son père, Yaël ­Pachet lui consacre ici un livre intime et lumineux.

Sous la plume de sa fille se ­dessinent les traits d’un homme intense, à la fois heureux et ­anxieux, bougon et attentif, austère et prodigieusement vivant, écartelé entre une « disponibilité à l’égarement, à la distraction » et une « exigence de vérité, une ­conscience inquiète du réel ». Elle dit la force et la plénitude, l’autorité et le charme, l’allure. En filigrane du récit, Yaël Pachet livre des sensations et des images, fragments épars d’un quotidien enfui : le bruit des mules de son père quand elles frottaient le parquet, la manière ­singulière qu’il avait de s’asseoir sur une chaise, de s’y tenir au bord, dans un déséquilibre constant, les cigarettes fumées en silence sur le balcon quand il venait la voir à Nantes. 

Pour l’auteure, dans les livres de son père, il s’agissait aussi, parfois, simplement, de se laisser aspirer par les bouches avides de la nuit, du sommeil. Celui-ci cherchait peut-être au fond à trouver une alliance entre un laisser-être, une disponibilité à l’égarement, à la distraction, et une exigence de vérité, une conscience inquiète du réel. Cette alliance de vigilance et de décontraction est un crépuscule qui introduit aussi bien la nuit que le jour. Sa fille, Yaël, depuis, écrit ce crépuscule.

 

Livre présenté par Jean-François