Ateliers littérature

Soirée lecture animée par Jean-François Sabourin

 

 

Livre présenté par François

Axel KAHN est un scientifique, médecin généticien et essayiste français, Directeur de recherche à l'Inserm et ancien directeur de l'Institut Cochin. C’est un humaniste aux convictions sans équivoque. Dans son livre « Etre pleinement humain », au travers d’un conte, introduction de cet ouvrage, il nous entraîne dans un raisonnement scientifique ou il souligne l’importance de l’acquis et de l’environnement dans l’édification de l’être.

 

 

 

 

Ce roman commence par cette histoire que l’auteur raconte ici, mieux que quiconque :

«  Etre pleinement humain est un conte philosophique qui met en scène deux petites filles ; elles naissent dans le sud de Bornéo. Le papa est un médecin de quarante ans. La maman, Purwanti, une jeune infirmière. Ce sont deux jumelles vraies,  elles sont magnifiques,  tout le monde en est amoureux ; mais quand elles ont six mois, un terrible incendie détruit la maison ; dans l’incendie, Purwanti est sauvée, l’une des sœurs jumelles Dewi est sauvée. En tentant de sauver Eka, la deuxième sœur, Hamad le père meurt. On ne retrouve pas Eka. On croit qu’elle a brûlé totalement. Dewi va vivre avec sa maman puis dans une famille recomposée extrêmement aimante. Elle va être une enfant prodige. Une écolière brillante, une étudiante précoce. Dès son Master, elle fait des découvertes extrêmement importantes, qui lui permettent d’être acceptée pour faire un doctorat à Amsterdam et puis ensuite, un post-doc aux Etats-Unis à Brigston, et là, elle a trouvé le moyen de provoquer la réparation sur la régénération des tissus nerveux humains lésés par une maladie, un accident. On sait qu’elle peut avoir le prix Nobel. Elle est l’une des femmes les plus prodigieusement brillantes de sa génération.

Elle aura le prix Nobel. Sa sœur n’est pas morte.

Le soir de l’incendie, elle était là, couinant dans la couverture dont l’avait enveloppée son papa pour la protéger du feu, et, une maman orang-outan, dont le propre fils avait été mangé la veille par un léopard de Bornéo, l’entendant, s’en ait saisi et l’a emmenée avec elle. Très tôt, la petite fille, qui avait faim, a bu goulument le lait de ces mamelles gonflées de la maman orang-outan. Dans les grands nids, en haut des arbres, elle a fait en sorte que l’enfant soit acceptée par les autres grands singes. 

Deux ans après, elle a eu un fils orang-outan ; un frère de lait d’Eka. Ainsi a vécu Eka pendant dix ans.

Au bout de dix ans, à l’occasion d’une déforestation pour planter, c’est la plaie là-bas, le palmier à huile, on retrouve une enfant, sauvage grande fille nue, aux longs cheveux noirs emmêlés, qui ne parle pas. On la confie à une institution. Là, on arrive à la faire parler. Mais jamais son âge mental ne dépassera trois ou quatre ans ; et elle aura un destin tragique. A la puberté, elle sera violée, elle aura un enfant qu’on lui prendra, elle décompensera une maladie psychiatrique, et elle mourra misérablement à dix-huit ans.

Alors voilà un clone, deux filles dont 100% des gènes sont identiques, dont les capacités doivent être les mêmes. L’une est la plus brillante de sa génération, est une véritable déesse. L’autre a un destin épouvantablement triste, tragique.

Pour quelles raisons Dewi a-t-elle pu développer les outils qui lui permettront après de bâtir une vie si brillamment humaine et pour quelles raisons, hélas, Eka ne l’a-t-elle pas pu ?

A partir du moment où Dewi s’en ait saisi (de ces outils) comment les a-t-elle utilisés, pour en effet bâtir cette vie ?

A l’école, lors de son adolescence, confrontée aux premiers émois de la sexualité, aux émois du corps, confrontée au couple, confrontée à l’engagement, au travail, à la beauté, tout ce qui peut faire une vie humaine, Dewi y est parvenue. Elle a eu cette vie magnifique, parce que, ayant les outils, ça ne dépendait pas d’elle, ça dépendait des conditions dont elle avait passé sa première enfance. Elle a osé vouloir s’en servir pour bâtir une vie authentiquement humaine et elle y est parvenue. Tout le monde peut faire pareil en quelque sorte, et Eka est évidemment un modèle, une star inatteignable, mais à la fin, et je ne conterai pas la fin, elle va se ré-humaniser en quelque sorte et elle va boucler, reboucler le cercle de la gémellité brisée……... »