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Atelier Café-philo du lundi 18 décembre 2017 animé par Jean-François Sabourin

 

« La première égalité, c’est l’équité. »
Victor Hugo

 

 

  1. Comment définir l’égalité et l’équité ?

 

Egalité, équité : deux mots proches et pourtant différents. L’égalité est une revendication politique fondamentale et ancienne. Si elle forme l’un des trois piliers de la devise française, avec la liberté et la fraternité, elle est bien plus ancienne que cela. Jean-Jacques Rousseau en faisait la base de la vie sociale : L’homme est né libre, et partout il est dans les fers, écrivait-il dans "Du contrat social".

Jean-Jacques Rousseau assurait que l’asservissement de la majorité par quelques-uns, causée par la propriété privée et l’inégalité face au savoir et à la culture, nécessitait un nouveau contrat social qui rendrait tous les individus libres parce qu’égaux.

 

L’égalité était déjà à la racine des auteurs anglais du contrat social. John Locke envisageait un état de nature, antérieur à la vie en société, où tous les humains seraient égaux. Chacun d’eux s’engageant à respecter la vie et les biens d’autrui, et à se soumettre à des règles communes d’existence, en échange de la sécurité et de la liberté d’entreprendre.

 

Plus radical, Thomas Hobbes (philosophe anglais du XVIIème siècle, auteur de « Le Léviathan ») imaginait un état de nature où tous seraient égaux mais s’opposeraient les uns aux autres en une interminable guerre larvée. Persuadé que l’homme est un loup pour l’homme, le philosophe anglais préconisait que chacun renonce à sa liberté, en échange de la sécurité : tous acceptant de devenir les sujets obéissants d’un souverain plénipotentiaire, le « Léviathan ». Les sujets restent égaux, certes, mais seulement tant que leur maître n’en a pas décidé autrement. (...)

 

 

L’équité, c’est l’égalité avec une juste dose d’inégalité. Le concept est au cœur de la “Théorie de la justice” de John Rawls. Le philosophe américain cherche à penser une société juste. Pour cela, il met en place une fiction : le « voile d’ignorance ». Rawls prétend que nous choisirons logiquement deux principes de base, qui ensemble forment l’équité. 

Le premier principe déclare que chacun a droit au plus grand nombre de libertés fondamentales compatibles avec un ensemble de libertés pour tous 

D’où le second principe qui admet des inégalités. Il est normal que certains possèdent plus que d’autres, notamment parce que cela favorise la volonté d’entreprendre. Toutefois, ces inégalités doivent être au bénéfice des membres les moins avantagés de la société. Elles doivent aussi être attachées à des fonctions et positions ouvertes à tous dans des conditions d’égalité des chances. 

 

  1. L’équité, une forme de justice ?
 

 

L’équité, une forme de la justice, supérieure à la loi, selon Aristote.

Telle est la nature de l’équitable qui serait un correctif de la loi là où elle se montre insuffisante en raison de son caractère général. Mais tout ne peut être réglé par la loi. En effet, pour tout ce qui est indéterminé, la règle ne peut donner de détermination précise. On voit ainsi clairement que l’équitable est juste, et qu’il est supérieur à une certaine sorte de juste. Il y a par là une évidence à ce que l’homme aussi est équitable : celui qui choisit délibérément une telle attitude, et qui la pratique ; celui qui n’est pas trop pointilleux, au sens péjoratif, sur le juste, mais qui prend moins que son dû tout en ayant la loi de son côté, est un homme équitable, et cette disposition est l’équité, qui serait une forme de justice et non pas une disposition différente.

 

 

  1. L’envie, un sentiment universel ?

L’envie est, selon Kant, « cette tendance à souffrir au spectacle du bien que possèdent les autres alors que le vôtre n’en est pas lésé ». Comme elle résulte d’une comparaison, l’envie est un sentiment relatif, donc indépendant de la valeur absolue des inégalités qui le créent.

Le mot fait peur. Personne ne dit « Ne fais pas cela, tu susciterais de l’envie ». On parle de justice et d’équité car l’envie renvoie à une émotion particulièrement négative. L’envieux est presque plus désireux de détruire que ­d’acquérir le bien d’un autre. Il est même prêt à se nuire à lui-même. « L’envie est un fardeau qui se révèle destructeur pour l’envieux, l’envié et la société ».

 

 

L’envie est un sentiment universel souvent instrumentalisé.

Si destructrice soit elle, il est impossible de supprimer l’envie. « Une société dans laquelle chacun peut se comparer totalement à tous les autres ne pourra jamais, par principe, être une société où n’existent ni envie ni ressentiment ».

L’envie est même indispensable à la vie sociale. Les progrès en sociabilité dépendent de l’aptitude à contrôler et à sublimer cette pulsion. Si l’individu ne la connaît pas, il ne deviendra jamais adulte. L’envie cherche à obtenir un bien, la jalousie à le conserver.

La plupart des sociétés ont mis en place des coutumes, des systèmes de pensée et des institutions qui autorisent des formes d’inégalité sans porter préjudice à autrui. La première institution n’est autre que la propriété privée. La crainte proverbiale des Chinois de perdre la face n’est rien d’autre que la ritualisation de procédés permettant d’échapper à l’envie. L’architecture chinoise en témoigne aussi, à travers des maisons tournées vers l’intérieur. Chez les ­musulmans, la peur du « mauvais œil » se concrétise par le port du voile. De ce point de vue, le christianisme a rendu un service au monde, sans l’avoir voulu d’ailleurs, en proposant pour la première fois à l’homme, des êtres surnaturels qui ne peuvent ni envier ni se moquer de lui. (...)

 

  1. Le concept de jalousie.

 

« La jalousie est un serpent qui se nourrit du venin qu’il distille ». La jalousie est une blessure, quelque chose qui ronge quand il s’agit de la personne aimée. Elle est parfois une atteinte à l’amour propre, une blessure infligée au narcissisme. A partir de ce sentiment, on peut se sentir diminué, dévalorisé dans sa personne. Elle peut aussi parfois traduire un complexe d’infériorité. (...)

Alors se pose la question de savoir si « La jalousie n’est qu’un sot enfant de l’orgueil » comme l’écrivait Beaumarchais. Ou, s’il y a dans la jalousie « plus d’amour-propre que d’amour » comme le clamait La Rochefoucauld ? (...)

 

La philosophie classe l’envie dans les sentiments positifs au contraire de la religion. Avant l’acception moderne du terme et des faits, elle fut chez Ronsard (Discours sur l’Enie) : « le plus méchant et le plus vilain vice de tous, (…) douleur et tristesse procédant d’un lâche curage et d’une abjecte pusillanimité (manque d’audace, de courage) de l’âme ».

 

 

Chez Descartes elle est tout aussi maltraitée (les passions de l’âme) : « Une perversité de nature qui fait que certaines gens se fâchent du ben qu’ils voient arriver aux autres hommes ».

 

5.Conclusion

La jalousie n’est pas une seule émotion, mais plutôt un sentiment composite, c’est-à-dire qu’il est fait de plusieurs émotions mélangées. C’est ce qui la rend souvent difficile à identifier et à comprendre, et qui cause un sentiment d’impuissance. Les facteurs qui composent la jalousie peuvent généralement être regroupés en 8 catégories, que nous compareront aux 8 pattes d’une pieuvre.

Chaque individu est unique quant à ses sensibilités en matière de jalousie. (...) Enfin, il y a des « degrés » dans la réactivité de chacun à un facteur de jalousie. Ce n’est pas tout noir ou tout blanc, jaloux au complet ou pas jaloux du tout ; on se situe le plus souvent quelque part entre les deux sur un continuum. 

Chaque patte peut être influencée par les autres. Un peu comme une allergie combinée.

De plus, des éléments qui n’ont rien à avoir avec les pattes-de-pieuvres de la jalousie peuvent modifier votre seuil de tolérance : Stress, fatigue, variations hormonales, deuil, maladie, dépression saisonnière, consommation d’alcool et autres substances, etc.

Comme nous sommes tous sujets à l’envie, elle peut être aussi un moteur économique. Alors, la jalousie et l’envie, ces deux états affectifs, sont-ils des démons qui sont en chacun de nous ? Pouvons-nous les canaliser, les maîtriser, pour que l’envie et la jalousie nous servent sans nuire aux autres ?

 


 

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