Ateliers littérature

Introduction présentée par Jean-François Sabourin au cours de la séance du mardi 7 novembre 2017

 

« Là où l’idéaliste dirait : J’ai un corps, ce qui suppose qu’il soit autre chose,
le matérialiste dira plutôt : Je suis un corps. »

André Comte-Sponville

 

Toute l’histoire de la philosophie, de la Grèce antique à nos jours, consiste en une lutte entre deux écoles de pensée diamétralement opposées : le matérialisme et l’idéalisme. Ces termes n’ont pas en philosophie le sens qu’ils ont dans le langage courant où ils désignent généralement une personne animée par de grands idéaux (« idéaliste »), par opposition à l’individu sans principes et égoïste (le « matérialiste »). [ ... ]

En philosophie, l’idéalisme part du principe que le monde réel n’est qu’un reflet des idées, de l’esprit, ou plus exactement de l’Idée, laquelle préexiste au monde physique. Dans l’Antiquité, Platon était le représentant le plus conséquent de cette philosophie. [ ... ]

Les penseurs grecs ne recourraient pas aux dieux pour expliquer les phénomènes naturels. Ils cherchaient à expliquer les lois de la nature à partir de la réalité naturelle elle-même. Ce fut l’un des plus grands tournants de l’histoire de la pensée humaine et le véritable commencement de la connaissance scientifique.

L’histoire de la philosophie occidentale ne commence pas avec l’idéalisme, mais avec le matérialisme. Ce dernier affirme que le monde matériel, que nous connaissons et explorons au moyen de la science, est réel. Le seul monde réel serait donc le monde matériel.

 

Comment définir idéalisme et matérialisme ?

L’idéalisme, dont Platon est donné en référence, est « La thèse selon laquelle la vraie réalité consiste dans les idées, par opposition aux choses matérielles dont la réalité changeante et précaire, ne serait qu’apparente… »  

Le matérialisme, au sens commun, quant à lui se définit aujourd’hui comme un désir excessif de posséder, de consommer, il est devenu un moteur qui participerait au bonheur du peuple. Mais ce matérialisme-là n’a rien à voir avec la philosophie matérialiste qui laisse toute sa place à la pensée, à la spéculation, à l’innovation, même à une spiritualité non religieuse. [ ... ]

Ils seront suivis sur cette voie par Démocrite pour qui les choses se produisent « par hasard » et « nécessité », puis avec les philosophes libertins érudits, parmi lesquels Diderot et jusqu’à nos jours avec des philosophes comme André Comte-Sponville, ou encore Michel Onfray.

Le matérialisme, c’est partir de ce qui existe, de ce qui est scientifiquement démontré, ce n’est pas une croyance, ce n’est pas un dogme, c’est aussi accepter de ne pas connaître la cause de toute chose.

Le matérialiste cherche à remonter la chaîne des causes, quand l’idéaliste tient pour explication de toute chose, une cause première.
Le matérialiste cherche à co
nnaître le « comment », quand l’idéaliste cherche à répondre au « pourquoi ».

 

Matérialisme total et idéalisme total.

Peut-il y avoir, en toute raison chez l’individu, de matérialisme total ou d’idéalisme total ?

Ces deux termes ont deux sens. Un sens trivial, mais aussi, un sens philosophique, comme l’écrit André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique « Au sens trivial, l’idéaliste est celui qui a un idéal, qui se ne résigne pas à la réalité telle qu’elle existe, et l’idéaliste s’oppose au matérialiste, qui, lui, se satisfait de la réalité, et notamment des plaisirs matériels, il n’a pas d’autre exigence ». [ ... ]

 

Néanmoins, comme le dit Marx : « Jusqu’ici les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est le transformer ». Autrement dit, contre le matérialisme qui domine toute la philosophie occidentale, les philosophies sont des systèmes d’idées pour interpréter le monde, le matérialisme réfléchit pour le connaître.

Nos opinions sur les réalités sont des vérités, alors que ces opinions sont fonction de notre point de vue, de la place que nous occupons dans l’espace matériel. [ ... ]

 

La dialectique matérialiste et l’idéalisme philosophique.

L’idéalisme et le matérialisme sont étroitement liés par une relation dialectique. Ainsi, l’homme tend vers un avenir qu’il considère comme « meilleur », « idéal », parmi les diverses possibilités évolutionnelles qui s’offrent à son champ de conscience. Ce qui constitue un point de vue idéaliste.

Dans la dialectique matérialiste on anticipe quelque chose qui devrait être. Il n’y aurait donc pas de recherche d’idéal dans l’idéalisme philosophique, car il n’y aurait pas d’absolu. [ ... ]

Althusser, disciple de Marx, disait que faire de la philosophie, c’est faire  « la lutte des classes » dans la théorie des idées. [ ... ]

C’est la doctrine qui répond à la question fondamentale de la philosophie en disant : « c’est la pensée qui est l’élément principal, le plus important, le premier ». En affirmant l’importance première de la pensée, cette doctrine affirme que c’est elle qui produit l’être ou, autrement dit, que : « c’est l’esprit qui produit la matière ».

 

Le hasard et la nécessité.

Peut-on être à la fois idéaliste, au sens d’avoir un idéal et en même temps, être matérialiste ?

[ ... ] Aurions-nous ainsi dépassé l’idéalisme cartésien qui stigmatise deux catégories de philosophes : les idéalistes qui soutiennent l’idée de l’âme sans corps, ou, les matérialistes qui seraient le corps sans âme ?

Dans son livre : « Le matérialisme » Olivier  Bloch écrit : «  Que le matérialisme soit athée n’a de sens qu’à l’intérieur d’une perspective religieuse. Du point de vue du matérialisme adulte, la question ne se pose pas en ces termes. Le matérialisme n’est pas la négation de Dieu, il est simplement étranger aux domaines où l’on est susceptible d’en parler ». [ ... ]

 

Matière et esprit.

qu’est-ce qui est premier, de la matière ou de l’idée, de l’être ou de la pensée, de la nature ou de l’esprit ?

Cette question est fondamentale depuis les débuts de la philosophie, mais il n’y a pratiquement que les marxistes qui la présentent aujourd’hui comme telle, en terme d’opposition entre matérialisme et idéalisme. [ ... ]

 

Le matérialisme dogmatique

Le matérialisme dogmatique conçoit la réalité matérielle comme des vérités en soi dont les interactions et les mouvements déterminent l’Histoire en lui désignant un avenir inéluctable. L’Histoire ainsi imaginée serait écrite d’avance.

Le matérialisme dogmatique croit que ce qui est perçu par nos sens possède une existence en soi. Le « Réel » ainsi défini devient une vérité absolue, ayant valeur de critère, se substituant à l’Idéal des écoles idéalistes ; quant au dualisme, qui est la forme classique de l’idéalisme, il y aurait deux mondes l’un et l’autre réels : le monde spirituel dominant le monde matériel.

 

En conclusion, ne serait-il pas maladroit d'opposer "idéalisme" et "matérialisme" ?

Car enfin, l’un relève plus d'une métaphysique générale, concernant le statut de l'existence, l'autre d'une métaphysique traitant d'un objet particulier : l'esprit. Et dans ce cas, ne serait-il pas plus juste de mettre l'idéalisme face au réalisme, et le matérialisme face au spiritualisme ?
Sortir de la métaphysique des discours abstraits et de l’idéalisme, pour tomber dans le matérialisme, cela ne suppose-t-il pas de s’opposer de façon radicale, et non seulement par des mots, à toute séparation entre théorie et pratique ?

Comme disait Marx :
« Le point de vue de l’ancien matérialisme c’est la société bourgeoise, le point de vue du nouveau c’est la société humaine ou l’humanité sociale. »

 


 

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