Ateliers littérature

Café-philo animé par Jean-François Sabourin le 9 octobre 2018

 

 

« Qu’importe l’esprit, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ».

 

Mais que faut-il entendre par ivresse et toutes les ivresses procèdent-elles d’un oui innocent à la vie ?
Ainsi qu’en est-il du « enivrez-vous baudelairien » ? Enthousiasme des sens et de l’esprit, acuité de la pensée, exaltation de la vie, béatitude, ou sentiment de plénitude et de force ?

 

 

 

Nietzsche disait que : « Si la vie est souffrance, c’est que l’on ne vit pas assez et assez intensément. C’est le mépris de l’existence qui crée le mal de vivre. S’il y a des souffrances dans l’existence elle contient cependant des forces insoupçonnées de création ». La raison et l’ivresse de vivre seraient donc les deux composantes d’un conflit qui engendre l’œuvre d’art.

Pour Nietzsche, pour qu’il y ait de l’art, pour qu’il y ait une action ou une contemplation esthétique quelconque, une condition physiologique préliminaire serait indispensable : l’ivresse.

Il faut d’abord que l’ivresse ait haussé l’irritabilité de toute la mécanique humaine sans cela l’art serait impossible. Toutes les espèces d’ivresses, fussent-elles conditionnées le plus diversement possible, auraient puissance d’art et donc de lettres : l’ivresse de l’excitation sexuelle la plus primitive ; l’ivresse de la bravoure ; l’ivresse de la destruction ; l’ivresse de la volonté ; l’ivresse d’une force accrue et de plénitude. Sous l’empire de ce sentiment, on s’abandonne aux choses, on les force à prendre de nous, on les violente on les idéalise !

 

 

1. L’ivresse un art avant toute chose

Pour Nietzsche, cette transformation forcée en ce qui est parfait, c’est de l’art. Tout serait de l’art quand l’homme jouit de sa personne en tant que perfection. C’est dans l’ivresse des actes, des mots, de la pensée que le philosophe place l’ivresse comme un idéal d’humanité.

Nous empruntons ces termes aux Grecs, lesquels ont déposé, pour qui les comprend, la profonde et secrète doctrine de leur vision esthétique non pas dans des concepts mais dans les figures précises de leurs dieux. Dans cette conjonction l’oeuvre d’art à la fois dionysiaque et apollinienne : la « tragédie attique » sublimée sous l’effet d’une ivresse de larmes offertes à Dionysos lors des grandes Dionysies d’Athènes.

Nietzsche précise que pour mieux comprendre cet antagonisme, il nous faut imaginer d’abord deux mondes esthétiques distincts du rêve et de l’ivresse, qui offrent, sous l’angle des phénomènes physiologiques, un écart analogue à l’opposition de l’apollinien et du dionysiaque.

La belle apparence des mondes du rêve, que tout homme sait créer en artiste accompli, est le fondement de tous les arts plastiques. Un esprit philosophique a même le pressentiment que, sous la réalité où nous vivons, il en existe une autre, cachée, et donc que notre réalité aussi est une apparence.

 

 

 


Schopenhauer n’hésita pas à désigner cette faculté de voir quelquefois dans les êtres et les choses autant de fantômes et de mirages, comme la marque propre de l’esprit philosophique.

Or, l’homme doué de sens artistique se comporte à l’égard de la réalité du rêve comme le philosophe à l’égard de la réalité de l’existence. II se plaît à la considérer, et à la considérer exactement : ces images lui servent à interpréter la vie, à travers ces événements il se prépare à la vie. Il n’éprouve pas seulement la vérité des images agréables et radieuses ; les images graves, troubles, tristes ou sombres, les obstacles subits, les ironies du hasard, les attentes anxieuses, bref toute la « divine comédie » de l’existence, avec son Enfer, se déroule sous ses yeux, non pas comme un jeu d’ombres - car il participe à ces scènes - mais pas non plus sans que s’y mêle une fugace impression d’apparence. Une forme d’ivresse des sens en quelque sorte.

Schopenhauer décrit le frisson d’effroi qui saisit l’homme lorsqu’il s’aperçoit soudain que les phénomènes l’égarent et que le principe de causalité semble mis en défaut. Si nous ajoutons à cet effroi le délicieux ravissement que l’éclatement du principe d’individuation fait monter du tréfonds de l’homme, ou plutôt de la nature, nous entreverrons l’essence du dionysiaque, que l’idée d’ivresse traduit le plus adéquatement pour nous. Que ce soit sous l’empire du breuvage narcotique dont parlent les hymnes de tous les peuples primitifs, ou à l’approche du printemps qui émeut la nature entière d’un prodigieux frémissement de joie, on voit s’éveiller ces mouvements dionysiens qui, s’intensifiant, abolissent la subjectivité de l’individu jusqu’à ce qu’il s’oublie complètement.

Le Moyen Âge allemand a connu lui aussi ces rassemblements sans cesse grossis d’hommes saisis par la puissance dionysienne, ces foules allant de lieu en lieu, en chantant et en dansant. Dans ces danseurs de la Saint-Jean ou de la Saint-Guy, resurgissent les choeurs bachiques des Grecs, et, derrière eux, leur préhistoire, en Asie Mineure, à Babylone, aux orgies des Sacées. Il est des gens qui, faute d’expérience ou par sottise, se détournent de tels phénomènes avec des ricanements ou des mines apitoyées et, forts de leur propre santé, les taxent de « maladies populaires ».

 

2. Mais au vrai, qu’est-ce qu’une pensée ?

Une méditation imprégnée, pour ne pas dire imbibée, par son objet ? L’allure de la pensée y est parfois sinueuse, et constamment débordée par la poésie de la pensée. Mais est-ce la philosophie qui s’enivre de poésie, ou bien l’inverse ? En exergue à la modernité, Baudelaire martelait qu’il faut toujours être « ivre de vin, de poésie ou de vertu, chacun à sa guise » – mais la philosophie prétend de son côté que le vrai est le délire bachique dont il n’y a pas un seul membre qui ne soit ivre. Pourtant, si l’ivresse est bien présente dans la littérature, elle semble s’être absentée de la philosophie.

 

 


 

Socrate, « l’homme qui boit mais qui va droit », serait le modèle des philosophes qui – je cite « rêvent à la fois de s’enivrer d’absolu et de maîtriser l’ivresse ».

Ayant bu comme un trou, cette promesse de vertiges présage d’une ivresse qui précèderait toutes les autres car elle ouvre en chacun un ailleurs d’inquiétante étrangeté, la possibilité d’une chute libre, ou « une rupture de digue par où ça peut couler ». L’expérience serait banale pour qui sait boire. Qu’il suffise de rappeler les retours d’ivresse, les lendemains de cuite douloureux et comiques, piteux retours à soi où l’on s’aperçoit qu’on ne s’est pas absenté sans reste, laissant à d’autres le soin de compléter les manques de l’épopée nocturne et recouvrant avec l’esprit la conscience progressive de ce qui s’est égaré dans les méandres.

Le plus souvent l’inventaire à la Prévert est alors seulement matériel – des clés ou un portefeuille, une veste, un casque ou des chaussures qu’il faut aller chercher à l’autre bout de la ville, voire en plusieurs lieux, en remontant le temps improbable d’une dissémination. Mais parfois, comme le personnage du roman de Malcolm Lowry « Au-dessous du volcan », c’est soi-même en morceaux qu’il faut récupérer, « dans combien de verres, dans combien de bouteilles » où l’on s’est caché pour s’y oublier ?

 

 

Je cite : « En vérité, comment pouvait-il espérer se retrouver, tout recommencer quand, quelque part, peut-être dans une de ces bouteilles perdues ou brisées, dans un de ces verres gisait, à jamais, l’unique clé de son identité ? »

Au cours de ces dérives psychogéographiques, l’esprit, n’abdique pas, en vertu notamment de ses affinitésessentielleset pas seulement sémantiques avec les liqueurs les plus fortes, esprits de vin ou spiritueux. Le travail philosophique, prend forme dans le corps. « C’est une imprégnation, une irrigation, une diffusion et une infusion ».

L’ivresse viendrait donc exalter, dans une « effervescence de fruits écrasés », le caractère spirituel du corps, lequel est aussi « un champ d’épandage et un réseau de sources, un ruissellement, un abreuvoir, un marigot, une machinerie de pompes, de turbines et de vannes dont le jeu tout entier entretient la vie dans l’humide, c’est-à- dire dans le passage, la perméabilité, le glissement, la flottaison, la nage et le bain ». D’où la puissante irradiation de l’alcool depuis le ventre et l’analogie poétique entre l’ivresse et la houle.

Mais aussi dans cette levée, cet emportement, quelque chose qui vient de plus loin, lorsque le philosophe en état d’ébriété, clame « que cette délectation sensible, c’est le sublimé du sens, l’au-delà coulant dans les veines, ce qu’enfin on nomme " l’esprit"  Car – je cite encore « l’ivresse exprime au sens le plus pressant du mot – famille du pressoir, de la pression – le jus qui se communique des liqueurs absorbées. Elle extrait, elle exsude, elle distille, c’est-à-dire qu’elle concentre, chauffe, évapore et sublime ».

Le sublimé serait l’esprit, l’impalpable, l’immatériel.

 

 

Ivrognes, encore un effort si vous voulez être philosophes !

 

 

 

« Il faut être toujours ivre, tout est là ;
c’est l’unique question.
Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise...
»

Baudelaire


 

 

 

 Questionnements et interventions des participants

 

 

Daniel

 

Le choix délibéré de définir l'ivresse dans son rapport à l'alcool n'est-il pas réducteur ? Comment définir l'ivresse ? Ce mot ne correspond-il pas à un moment exceptionnel lié à des éléments extérieurs qui subliment l'instant vécu ? Ce sont des états d'excitation, d'euphorie, de ravissement, d'exaltation, de création. Mais sont-ils toujours traduisibles ? On peut connaitre l'ivresse des profondeurs, l'ivresse du succès, l'ivresse de l'amour...

L'ivresse qui se traduit par la consommation d'alcool, de drogues me semble être d'une autre nature. Car si la consommation de ces produits peut transcender la création de l'artiste, elle l'asservit. Et dans ce cas où est la liberté du créateur ? S'il est vrai que l'alcool peut être libérateur d'inhibitions encore faut-il que le talent existe pour donner naissance à de très belles oeuvres.

Je ne pense pas que l'ivresse soit un art. Mais savoir boire en est un.

L' alcool ne donne pas le talent.

Baudelaire a écrit:

" Le vin est semblable à l'homme : on ne saura jamais jusqu'à quel point on peut l'estimer et le mépriser, l' aimer et le haïr, ni de combien d'actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable. Ne soyons pas plus cruels envers lui qu'envers nous- mêmes et traitons le comme notre égal ".

Certaines boissons contiennent la faculté d'augmenter outre mesure la personnalité de l'être pensant, et de créer, pour ainsi dire une troisième personne, opération mystique, où l' homme naturel et le vin, le dieu animal et le dieu végétal jouent le rolr du Père et du Fils dans la Trinité. Ils engendrent un Saint-Esprit, qui est l'homme supérieur, lequel procède également des deux.

Réflexions glanées au fil des rencontres et de lectures.

" L'appétit vient en mangeant. "

" La soif s'en va en buvant. "    

" Si tu as peur de la gueule de bois reste bourré "

" Il faut savoir passer du cul de la bouteille au cul de la beauté "  

 

 

Gérard 

 

Le thème « L’ivresse, un art avant tout ? » ne me semblait pas clair et j'ai donc consulté le dictionnaire dans lequel j'ai retrouvé les deux définitions de l'ivresse que j'attendais:

1.État excitation psychique et d'incoordination motrice due à l'ingestion massive d'alcool; ébriété

Etat voisin dû à l'ingestion de médicaments ou de stupéfiants.

2.État d'euphorie, d'excitation, d'exaltation dans lequel on se sent transporté.

ex: l'ivresse du succès.

Il est clair qu'il n'y a pas que l'ivresse due à l'alcool (ou à d'autres produits), mais il y a aussi l'ivresse du pouvoir mais aussi l'ivresse de vivre, celle de la victoire, celle du printemps, celles des sommets, celle de la religion, celle de la musique....

L'ivresse appartient donc essentiellement au domaine du ressenti.

Pour l'art, j'ai trouvé les définitions suivantes:

1. Aptitude, habileté à faire quelque chose.

2. Ensemble des moyens, des procédés intéressant une profession. ex art militaire

3. Création d'objets ou de mises en scène destinés à produire chez l'homme un état de sensibilité lié au plaisir esthétique ex art précolombien, art plastique...

4. Domaine ou s'exerce la création artistique ou esthétique

5. Manière de faire qui manifeste un sens de l'esthétique.

L'art appartient donc plutôt au domaine du "faire".

La réponse à la question " L'ivresse, un art avant tout ? " semble donc être un "non" catégorique puisque l'ivresse et l'art appartiennent à deux domaines qui ne sont pas comparables : le ressenti et le faire.

On ne peut pas mettre au même niveau d'une part l'ivresse et d'autre part la musique, la peinture... A moins que la question posée soit plutôt l'une des suivantes, ce qui change complètement la problématique.

▪"L'ivresse, un art de vie avant tout ?"

L'art aide à vivre, à résister. L'ivresse pourrait-elle être aussi forte ou plus forte que la musique, la peinture, les arts pour résister et aider à vivre ?

  • "L'ivresse, favorise-t-elle l'art ?"
  • "L'ivresse alcoolique favorise-t-elle l'art ?"
  • "L'ivresse et l'art"
  • "L'ivresse alcoolique et l'art"
  • "L'ivresse et la création"

 

►Le rapport entre ivresse (alcoolique ou non) et création m'a intéressé et j'ai noté quelques idées:

Pour créer, il faut un moteur, un dépassement de soi, une frénésie, un état un peu second mais pas nécessairement alcoolique. Créer c'est faire surgir une réalité qui n'existait pas avant mais le jaillissement créateur ne suffit pas pour faire une œuvre: il faut aussi un processus d'extériorisation ou d'expression pour transmettre. Il y a en fait deux aspects dans la création: le jet créateur (qui, pour certains, peut être favorisé, accompagné par l'alcool) et le travail d'expression (qui lui ne semble pas du tout aidé par l'alcool).

Pour qu'il y ait création, il est nécessaire d'avoir une certaine ivresse (pas nécessairement alcoolique) qui transmet au créateur un sentiment de force intensifiée et de plénitude : il ressent alors une force libératrice de création qui doit s'accompagner d'un important travail d'expression pour aboutir à une œuvre.

L'ivresse (alcoolique ou non) est nécessaire à la création car elle crée une excitation, un état second qui favorise la création mais elle n'est pas suffisante pour obtenir une œuvre.

 

Rapport entre ivresse alcoolique et création

L'alcool peut aider certaines personnes à entrer dans un état d'ivresse créative mais il est sans doute un frein au travail d'expression indispensable pour arriver à une œuvre.

Ceux qui ne peuvent pas vivre sans alcool vont nécessairement créer, sous l'emprise de l'alcool, mais ils ne doivent pas laisser penser qu'il est nécessaire de boire pour créer.

Il n'est pas prouvé que l'ivresse alcoolique peut favoriser la création. On peut toujours se demander si ce qui a été fait avec alcool aurait pu aussi être fait sans. On s’aperçoit de plus en plus que là où on croyait l’alcool ou la drogue semblait nécessaire, elle n’est absolument pas nécessaire.

Peu importe que la création se fasse avec ou sans alcool, c'est l'œuvre réalisée qui compte.

L'ivresse est nécessaire à la création et la joie d'avoir créer procure aussi une certaine ivresse

Et la création mathématique?

On retrouve les mêmes idées dans la création mathématique. Au départ le mathématicien rentre dans un état d'excitation intellectuelle face à la découverte d'un résultat possible, il ressent une certaine frénésie qui lui donne une force intense pour bâtir la preuve de ce résultat. L'obtention d'une preuve du résultat pressenti procure une véritable ivresse proche de l'ivresse de la victoire.

Il est clair que la construction de la preuve ne peut pas être aidée par l'alcool.

 

Nietzche :

J'ai commencé à lire certains passages. Dans le " Crépuscule des Idoles " Nietzsche écrit « Pour qu'il y ait de l'art, pour qu'il y ait d'une façon quelconque une activité et une vision esthétique, une condition physiologique est inéluctable : l'ivresse. Il faut d'abord que l'ivresse ait intensifié l'excitabilité de toute la machine : point d'art avant cela. »

 

L'heureuse ivreté de Michel Onfray

Ce commentaire lu sur internet (blog de Jacques Berthomeau) m'a intéressé :

Ce terme qui se trouve dans le livre " La raison gourmande " de Michel Onfray (1995) est à mi-chemin entre l'ivresse et la sobriété. " L'ivreté est libération de l'esprit, dépassement des bornes ou limites qui le contiennent et l'asservissent par les opérations de l'entendement, le travail du jugement, les rigueurs de la logique et du raisonnement, les affres de l'analyse ".

« L’heureuse ivreté » est, on s’en doute, un état intermédiaire assez fugitif, coincé entre deux autres états un peu plus stables : la sobriété et l’ivresse. La sobriété est, en principe, notre quotidien ; mais son austérité nous fatigue et restreint nos possibilités. Un tel état se caractérise par un règne à peu près sans partage de la raison : notre existence est alors contenue dans des limites étroites et les autres facultés de l’âme sont neutralisées, ou presque. L’autre état est plus catastrophique encore : ce n’est pas une raison tyrannique que l’ivrogne veut combattre, mais sa propre humanité qu’il essaie d’annuler. Ces deux états sont ennemis déclarés du plaisir et de la beauté. Ce qui est attirant dans l’ivreté c'est la possibilité de se libérer dans la dignité. L’ivreté nous affranchit de la raison et de la morale sans pour autant nous dépouiller de notre humanité.

L’ivreté conduit vers la griserie. Cet état est fragile parce qu’instable ; s’il s’atteint facilement, il est plus difficile, en revanche, de s’y maintenir, car la griserie s’évanouit vite si les verres commencent à s’espacer. En outre, elle est juste au bord du précipice de l’ivresse : l’abîme menace celui qui ne sait pas s’arrêter quand il faut et qui ne sait pas jouer avec le temps. En ce sens, « boire est un art », une technique, un savoir-faire... Celui qui sait boire a compris que l’alcool pouvait l’aider à se libérer tout comme il pouvait devenir son maître. Il faut donc être prudent avec lui. Gardons néanmoins, dans un coin de notre mémoire, qu’un rien, qu’un léger faux pas suffit pour la perte irrévocable de notre dignité ; car le buveur hédoniste se tient au bord du gouffre ; il est même cerné par deux gouffres : l’un est moral, l’autre est inhumain. Il s’agit donc de trouver un point d’équilibre, une arête étroite, et de s’y maintenir le temps que dure la fête. Cela peut sembler facile, mais cet art de l’entre-deux est cependant subtil car la griserie est un état fragile, précaire. Quelles sont, maintenant les promesses de l’ivreté ? Écoutons Michel Onfray : " [...] libération de l’esprit, dépassement des bornes ou limites qui le contiennent et l’asservissent par les opérations de l’entendement, le travail du jugement, les rigueurs de la logique et du raisonnement, les affres de l’analyse. Le vin est cathartique "