Ateliers littérature

Café philo animé par Jean-François Sabourin le 12 mars 2019

 



« L'humour, parlons-en ! »

 

 

 

 

 

 

Propos introductif
de Jean-François Sabourin

12 mars 2019

 

 

Introduction

Quelle gageure de consacrer une soirée à l'absurde, le non-sens et la loufoquerie du monde dans lequel nous vivons et le faire avec philosophie. Mais quel beau défi !

Mêler humour et philosophie, donc… Molière était de ceux là qui savent distinguer l'humour de l’ironie par la réflexivité ou l’universalité.

« L’humour, disait Boris Vianest la politesse du désespoir. » En ce qu’il évite d’en incommoder les autres. Il y a du tragique dans l’humour ; mais c’est un tragique qui refuse de se prendre au sérieux. Il travaille sur nos espérances, pour en marquer la limite ; sur nos déceptions, pour en rire ; sur nos angoisses, pour les surmonter. 

 

 

 

 

1/ Comment définir l’humour ?

 

André Comte-Sponville nous propose cette définition :

« Une forme de comique, mais qui fait rire surtout de ce qui n’est pas drôle. »

L’humour serait un art qui consiste à jouer avec les mots, avec intelligence et beaucoup de tendresse.

Ce n’est pas le réel qui est drôle, mais ce qu’on en dit. Non son sens, mais son interprétation – ou son non-sens. Non le plaisir qu’il nous offre, mais celui que nous prenons à constater qu’il n’en propose aucun qui puisse nous satisfaire. Nous cherchons un sens ; nous constatons qu’il fait défaut ou se détruit ; nous rions de notre propre déconfiture. Et cela fait comme un triomphe pourtant de l’esprit.

Par exemple, Woody Allen s’exclamant : « Non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez de trouver un plombier pendant le week-end ! ». Ou encore Pierre Desproges annonçant sa maladie au public : « Plus cancéreux que moi, tu meurs ! ». Cela suppose un travail, une élaboration, une création.

 

 

 

 

L’humour se distingue de l’ironiepar la réflexivité ou l’universalité. L’ironiste rit des autres. L’humoriste, de soi ou de tout. Il s’inclut dans le rire qu’il suscite. C’est pourquoi il nous fait du bien, en mettant l’ego à distance. L’ironie méprise, exclut, condamne ; l’humour pardonneou comprend. L’ironie blesse ; l’humour soigne ou apaise.

Il y a du tragiquedans l’humour ; mais c’est un tragique qui refuse de se prendre au sérieux. Il travaille sur nos espérances, pour en marquer la limite ; sur nos déceptions, pour en rire ; sur nos angoisses, pour les surmonter. « Ce n’est pas que j’aie peur de la mort … », explique par exemple Woody Allen, « … mais je préférerais être ailleurs quand cela se produira. ». Défense dérisoire ? Sans doute. Mais qui indique assez, contre la mort, qu’elles le sont toutes. « Si les fidèles avaient le sens de l’humour, que resterait-il de la religion ? ».

 

 

 

2/ L'humour dope l'amour de soi

Une plaisanterie qui fait mouche est une véritable création. Mieux : c’est un moment de gloire. Grâce à ces chefs-d’oeuvre miniatures que sont le mot d’esprit ou la bonne blague, nos egose gonflent de fierté. D’autant plus qu’ils ont vaincu la censure, transgressé les lois de la logique. Ce sentiment est encore plus intense quand nous réussissons à plaisanter d’une situation angoissante ou déprimante. Non seulement un sentiment de bien-être nous envahit, mais nous nous sentons soudain plus intelligents. Autre avantage : celui qui détient le précieux pouvoir d’amuser met la foule des rieurs de son côté.

 

 

3/ L'humour est un anti-dépresseur

Toutes les catastrophes ou presque entraînent rapidement un déferlement de bonnes histoires. Ce phénomène très humain rappelle le rôle cathartique de l’humour en cela qu’il qui purifie, libère des éléments considérés comme impurs de l’humour.

Les histoires juives constituent le modèle de l’humour antidéprime qui transforme en bonnes blagues ce qui nous abattrait. Basées sur l’autodérision, elles nous apprennent à rire de nous-mêmes et de la cruauté de la vie, en reprenant toutes les accusations de l’ennemi.

Le secret de l’humour juif est souvent un rire mêlé d’humour et d’autodérision, c’est que le dédoublement fait partie de l’identité en jeu, identité cassée où l’on est toujours autre à soi-même. Voici une blague juive qui n’est pas un modèle d’humour, mais qui en a quelques traits.

« Trois femmes, et chacune exhibe l’amour que lui voue son fils chéri. Le mien m’adore dit l’une ; d’ailleurs, il n’a épousé qu’une femme choisie par moi ; quand je vais chez lui, je suis… chez moi. Le mien, dit la seconde, devine tous mes désirs ; je suis sa vierge, il est devenu prêtre… Le mien, dit la troisième, va trois fois par semaine chez un « spikanalyste » qu’il paie très cher, pour lui parler de moi. »

La troisième exhibe son pouvoir sur l’essentiel. Voilà donc une mère qui se « console » face aux autres, au moyen de son fils, qui est là comme accessoire pour témoigner d’un lien de parole qui le déborde, qui le dépasse et qui passe par elle.

 

 

4/ L'humour libère nos pulsions

Selon la thèse développée par Freud dans « Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient » (1905), l’humour, exactement comme les rêves, libère impunément nos pulsions les plus inavouables, sans que notre gendarme intérieur, le surmoi, s’en offusque. Il permet d’exprimer, sans se salir les mains, ce qui ne peut être dit ou, pire, mis en actes : un aveugle en passant devant une poissonnerie lance « Bonjour, les filles ! ». Cela revient à dire: « Les femmes sont des morues ! ». Ce genre d’humour est une façon de satisfaire les pulsions sexuelles agressives et misogynes.

 

 

Selon Freud, une blague obscène peut nous autoriser à jouir innocemment d’une pulsion comme parfois seuls les moins de 10 ans en ont le droit en ressuscitant le plaisir enfantin, régressif, de jouer avec les sons, les mots, de les triturer en tous sens :

 « Pourquoi les pets sentent-ils ? Pour que les sourds puissent en profiter ! ».

 

 

5/ L'humour nous rassemble

Dans son dernier spectacle, l’humoriste kabyle Fellag nous raconte les petites misères et mauvais travers du peuple berbère : « Dans le monde entier, quand un peuple arrive au fond, il remonte. Nous, quand on arrive au fond, on creuse.». Par cette formule, nous sommes immédiatement touchés. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes humains. C’est l’effet empathique de l’humour.

 

 

Notre rire est une façon de dire : « Au-delà de nos différences, nous sommes tous semblables. Moi aussi, je suis comme ça, avec mes préjugés, mes croyances, mes faiblesses.».

L’humour incite à la réflexion sur soi, sur l’existence, sur l’humanité, c’est un moyen de communiquer, de désamorcer les conflits. Pendant un instant, nous devenons plus tolérants, plus aimants, moins égoïstes. 

 

 

6/ L'humour soigne le corps et l'esprit

 

Un bon mot doit produire un bel éclat de rire, sinon il a raté son but. Malheureusement, expliquer le mécanisme du rire est tout sauf amusant.

Voici la description qu’en fait Jim Holt, journaliste américain, dans sa « Petite Philosophie des blagues et autres facéties » :

Sur le plan physiologique, le rire est la contraction de quelque quinze muscles faciaux, (les zygomatiques) chers à R. Devos et la stimulation conjointe des muscles de l’inspiration et de l’expiration, ce qui provoque des spasmes respiratoires et une explosion d’ordre phonique. Cela a des effets bénéfiques sur la santé : oxygénation du sang, diminution du stress, renforcement du système immunitaire et, bonne nouvelle, allongement de la durée de vie. L’humour aiguise l’intelligence en modifiant le fonctionnement cérébral.

Selon Olivier Lockert, psychothérapeute, quand nous avons bien ri, « la plasticité du cerveau augmente, et de nouvelles connexions peuvent se produire ».

 

 

7/ L'humour et la psychologie

 

L’humour faciliterait  la communication en nous rendant plus souples psychiquement.

Les américains Thomas Cathcart et Daniel Kleintous deux diplômés de l’université Harvard, ont révélé que le mot d’esprit, comme la philosophie, subvertit le sens commun et permet de saisir certains concepts psychologiques. Ce besoin psychologique universel d’imaginer que toute chose a un sens :

Dans cette phrase : « Madame Goldstein est au supermarché avec ses deux enfants. La caissière lui demande leur âge. “Le médecin a 6 ans ; l’avocate, 3 ans et demi. ». C’est une manière pour cette femme de dire que ses enfants sont nés pour exercer ces professions et par là même de susciter sa fierté.

 

 

8/ L'humour et le rire

 

Dans l’humour, c’est surtout le langage qui rit. L’humour, c’est faire rire la langue à nos dépens, et s’en consoler. C’est aussi l’art d’inventer en nous une instance symbolique qui nous console en nous faisant rire de nous-mêmes en silence. Et ce rire nous crédite d’une secousse d’« identification-désidentification ». Le condamné qu’on mène le lundi à l’échafaud et qui dit « La semaine commence bien », feint d’ignorer que, pour sa part, elle se termine. Cette ignorance nous fait sourire et nous transmet la fragilité « increvable » de l’homme. Ce condamné fait de sa mort une création, de ses pleurs un sourire, performatif quasi divin.

Freud nous dit que l’humour a quelque chose « de grandiose et d’exaltant » ; le grandiose étant « lié au triomphe du narcissisme, à l’invulnérabilité victorieusement affirmée du moi ». Il ajoute que « l’humour n’est pas résigné, il défie ; il ne signifie pas seulement le triomphe du moi mais aussi celui du principe de plaisir ».

Dans l’humour, on se fait tout petit dans l’auto dérision ce qui empêche que l’autre vous rapetisse. Cela suscite son « oubli » ; l’autre devient moins lourd, presque bienveillant.
Le contraire de l’humour, c’est la mortification  déchaînée dans la passion de convaincre.

Là où l’homme comique prête à rire malgré lui, il y a un aspect conjuratoire dans l’humour : on conjure le malheur par un rire partagé.

Or, suffit-il de faire une plaisanterie quand on est affecté pour faire acte d’humour ? Il faut que la plaisanterie soit à nos dépens, qu’on rit de soi, et qu’elle ménage en même temps une posture où d’autres pourraient nous consoler ; et comme ils ne le font pas, on le fait soi-même. En passant, on peut aussi se venger d’eux ; c’est possible puisqu’on paie : on les fait rire de nous.

Comme dans l’histoire du général russe qui, dans le train, appelle son chien « Isaac » provoquant ainsi un rabbin qui lit tranquillement ses psaumes :

« Que pensez-vous de mon chien ? – Il est très beau. – Mais que pensez-vous de son nom ? – Dommage, avec un nom pareil, cela peut l’empêcher de devenir Général ».

 

 

9/ L'humour une force de communication

 

L’humour pour celui qui s’en sert peut créer un symbole, une scène vivante qui permet de voir les choses autrement, de les jouer pour qu’elles soient vues autrement.

Lorsque Staline a dit : « Un peuple heureux n’a pas besoin d’humour. », il a commis un trait d’humour, à travers lequel, il se consolait de devoir dire que les peuples qu’il opprimait étaient heureux.

L’humour dispose de cette force de joie communicative. Après un avortement, une femme dit à son médecin : « Cette fois, je n’ai pas pu le garder », et elle poursuit: « J’étais enceinte de… Robert… », alors le médecin lui répond : « Et vous l’avez gardé. » Il s’ensuit un énorme éclat de rire communicatif. Le rire vient de la même source que les larmes, il est aussi originel, mais il est provoqué par ce virage instantané dans le domaine des émotions. Ne dit-on pas : « Passer des larmes au rire et réciproquement ».

De même, l’humour peut contaminer de détresse le bonheur qui s’offre :  « Ça va bien ? – Oui. – Ce n’est pas grave » pour pouvoir se permettre le basculement inverse, qui pousse la détresse vers la joie de vivre. Ces deux mouvements contraires sont visibles dans cette blague où le tailleur juif livre son vêtement très en retard. Le client s’écrie : « Dieu n’a mis que six jours pour créer le monde et il te faut six semaines pour ce costume ? » Réponse : « Regarde dans quel état est le monde, et regarde mon costume. »

Ajoutons que l’analyse de Freud, sur le « mot d’esprit », convient mieux à l’humour juif qu’à d’autres, car cet humour suppose d’emblée une censure manifeste : pendant des siècles, le Juif ne peut pas riposter à ceux qui l’insultent. Or, toute l’approche sur le rire du mot d’esprit tient sur le projet de tromper la censure.

 

10/ L'humour une force de communication

 

L’humour exige de s’impliquer et de feindre. En fait, l’humoriste n’est pas nihilistepessimiste et désenchanté, il est enchanteuret faiseur d’avenir.

Dans cette phrase de Cioran : « L’homme est un gorille qui a mal tourné. » malgré son charme, cette phrase comporte peu d’humour, elle ne fait qu’inverser la hiérarchie normale. Alors que fait-on quand on feint ? Dans cette phrase : « L’éternité c’est long, surtout vers la fin » reprise par Coluche; on feint d’arpenter la route du temps. L’humour ne se contente pas de casser ou de révéler la cassure, il la construit.

 

 

 

 

De même : « Pourquoi apprendre à mourir ? On y réussit très bien du premier coup. » Là, l’humoriste joue sur l’ambivalence apprendre et réussir, et, surtout, l’affirmation que la mort serait une réussite facile pendant que d’autres l’apprennent durement et y perdent leur vie.

Se moquer du monde et de soi, de l’absurdité, de la finitude, etc., pourquoi pas ? Encore faut-il avoir de l’autre côté un soi qui vous récupère et qui prenne acte de la distance que le rire vous a donnée. L’humour, parce qu’il intègre la faille, a cette force de rappel.

L’humour admet l’insolite, le surprenant, comme si c’était du quotidien. 

« Je ne crois pas à l’au-delà, mais j’emporte quand même des sous-vêtements de rechange », disait Woody Allen.

 

 

11/ Conclusion

 

Alphonse Allais disait ceci à propos de l’humour :

« Il faut être trois pour apprécier une bonne histoire : un pour la raconter bien, un pour la goûter et un pour ne pas la comprendre. Car le plaisir des deux premiers est doublé par l’incompréhension du troisième. ». 

 

 

 

C’est peut-être ça l’humour : jouer avec les mots et les situations pour que l’écriture comique permette à son auditoire de rejoindre les « deux bouts d’un bout ». Jouer avec les mots, tous ces mots heureux de se retrouver changés, détournés, griméset disant des folieset des drôleries : l'absurde, le non-sens et la loufoquerie du monde dans lequel nous vivons.  

 

Mais n’oublions jamais cette mise en garde de Raymond Devos :

 

«  Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter.  » 

 

 

 

 


 

Contributions au débat : 

Odile

Comment parler d’humour ?

L’humour ? une humeur, un trait d’esprit, une facilité de langage (jeu de mots, caricature, exagération, ridiculisation, clownerie, drôlerie, plaisanterie, loufoquerie, etc…) qui généralement fait rire ou sourire au cœur des relations, des spectacles, des événements, des situations de vie, etc…. Peut aussi provoquer l’inverse : colère, tristesse, agressivité, etc… Peut être destructeur…

L’humour ? on est ou pas réceptif… variable selon la forme, l’auteur, le sujet, le contexte…

L’humour ? çà surgit, çà se vit, çà se rencontre, çà se cultive…

Diverses formes d’humour :
Les plus courantes sont la dérision, l’ironie, le burlesque, la raillerie, le non-sens, l’absurde, la parodie, la satire, le sarcasme, etc… sans oublier l’humour noir … L’humour noir souligne l’absurdité de la vie d’une manière cruelle. C’est un humour qui veut « frapper fort » pour faire réfléchir son public.

« L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire », affirme le philosophe Nietzsche  « 

L’humour : formidable source de créativité :
Jouer avec les mots, les gestes, l’imagination, est source de plaisir. Inventer des situations drôles, prendre une liberté avec les conventions du langage, s’amuser de soi-même et surtout des autres contribue à diminuer l’ennui, la souffrance…

L’humour peut jouer le rôle d’une catharsis :
L’humour est parfois un mécanisme de défense. Chaque thérapeute sait combien l’humour peut donc aider à soigner -  L’humour peut avoir des effets libérateurs pour décharger tensions/conflits internes –  événements traumatiques - Permet de dédramatiser, de porter un nouveau regard sur les autres, et sur soi-même.

Avoir de l’humour, c’est savoir rire de soi-même face aux difficultés, face au pire…

 François  
  • L’humour est l’apanage du partage entre humains ;
  • Le rire est une conséquence de l’humour ;
  • L’humour peut-être le dernier rempart à la dépression, encore faut-il être dans ce cas assez fort pour y accéder ;
  • L’humour est rassembleur, une force de communication ; mais trop souvent on ignore ce pouvoir ;
  • L’humour n’est pas un exercice réservé à une élite et heureusement ; c’est plutôt un signe d’intelligence.
 Daniel

L'Humour parlons en. Définir l'origine et le sens du mot humour me semble un préalable à notre travail. Le mot humour vient du mot français humeur. Dans un premier temps les anglais l'on défini comme une disposition à la gaieté, les français gardant celui de disposition à l'irritation. Ensuite le mot anglais s'est défini comme la faculté de présenter les réalités de manière à en montrer les aspects plaisants, insolites et parfois absurdes avec une attitude empreinte de détachement. En français l'humour a d'abord eu un sens proche de l'esprit, du trait d'esprit.

Pour moi aujourd'hui l'humour est un moyen de communication, sans vulgarité aucune, et qui consiste à regarder le spectacle que nous offre la comédie humaine au travers des acteurs que nous sommes. L humour a différentes formes : il peut être de connivence dans l'intimité il peut être noir, cruel parfois, exprimant l'amertume, le désespoir et l'absurdité du monde. Il peut être de métier souvent sous forme argotique. Il peut être ethnique, communautariste. Il peut être sous forme de dessin ou de B.D. Il peut être de circonstance. Il peut être de combat pour lutter et s'affranchir de certaines oppressions.

L'humour n'est pas toujours synonyme de rire. Car il dépend de la manière dont il est perçu par ceux qui le reçoivent. Un trait d'esprit peut involontairement blesser. Est-ce que la pratique de l'humour est l'art de souligner et de dédramatiser nos travers ou bien un mode d'expression qui nous incite à la réflexion sur ce que nous vivons, ce que nous subissons sans en avoir toujours conscience. Aussi comment définir celles et ceux qui sont hermétiques à la critique, aux rires ? Je ne sais pas si l'humour est un rempart contre la dépression. Et je ne crois pas que l'humour soit la politesse du désespoir.

Ce que je crois c'est que la pratique de l'humour, du sourire du rire, est salutaire pour conserver une grande lucidité sur ce qui est, sur ce que nous sommes, sur la condition humaine. Et pour nous accepter tels que nous sommes. Je ne sais plus qui a écrit : "heureux celui qui sait rire de lui-même il n'a pas fini de s'amuser". L'humour n'est pas réservé à une élite. Il doit s'adapter au milieu dans lequel il est pratiqué. L'humour et le rire sont des compagnons de route. Mais de mettre en exergue les contraintes imposées par la société. D'envoyer des messages pour faire prendre conscience des dérives mettant en danger notre liberté, nos libertés. Dédain, mépris, raillerie, persiflage ne font pas partie de l'humour que j'aime. Mais dans le cadre de l'humour noir !

Mais je ne peux terminer mon propos sans vous parler de ce que ce travail m'a remis en mémoire. Cette citation latine : "CASTIGAT RIDENDO MORES" signifiant la comédie châtie les moeurs en riant. Changer les moeurs impliquent qu'il y ait de mauvaises moeurs et qu'il s'agit de rire des travers humains en le tournant en ridicule. Molière s'est inspiré du poète Jean de Santeul. Celui-ci s'était imprégné de l'oeuvre d'Aristophane poète comique du 4ème siècle avant J.C. Pour moi la comédie et l'humour sont indissociables. Mais il est curieux que dans certains dictionnaires on oppose au mot humour le mot sérieux...; Qui a dit que le rire était le propre de l'homme ? Cet aphorisme est de Rabelais dans Gargantua !