Ateliers littérature

 

 

Pascale Marmain

Artiste en encadrement

 

 

Pascale Marmain est née à Poitiers en 1959. Elle a longtemps vécue en Touraine avant de s'installer à Brétignolles sur mer en Vendée. Lectrice éprouvée, curieuse de toutes formes d'art, elle aime habiller des oeuvres par des encadrements originaux aussi créatifs que spectaculaires. Tout support est matière à faire aimer et découvrir l'encadrement, mettre en scène des tableaux originaux, une peinture, une lithographie, de belles reproductions d'art ou de simples cartes postales, explorer la « forêt du possible » et utiliser les techniques nombreuses de l'encadrement pour prolonger l'origine de la création en jouant avec les perspectives, les reliefs, les couleurs, les décalés, les graphismes...

 

 

 

 encadrement réalisé par Pascale Marmain 

 

 

 

 Un peu de littérature...

 

Baudelaire aimait les cadres, les bordures, les fenêtres, les cadres surtout qui comblaient son imaginaire de la forme et offraient, à tout le moins, un imaginaire à sa poétique. Le cadre donnait figure à sa morale et à sa définition de l’amour : le besoin de « sortir de soi ». Comme lui, nous avons besoin de cadres – de formes, de bords – pour contenir nos fantômes.

Séparant le visible du visible, le cadre met en évidence le visible lui-même, l’arrachant au flux confus et continu des circonstances, à ce que l’on pourrait appeler leur « affluence ». Le cadre encadre, délimite, et ainsi, grâce à lui, un peu de notre visible est sauvé, exposé d’abord à notre attention, puis à notre contemplation. Le cadre est ce templum offert à notre regard pour que nous ne nous perdions pas de vue. Si le tableau nous enseigne à voir ce que nous avons sous les yeux, il le fait d’abord parce qu’il oblige à voir cela, empêchant la dérive tranquille et quotidienne du regard à fleur de monde. Le cadre, comme le bourreau de Michel Strogoff, contraint à regarder : "regarde, de tous tes yeux regarde…" Et c’est une fenêtre, d’ailleurs, qui ouvre le récit de Jules Verne. 

Avec le cadre, le voyant, peintre ou spectateur réduit le spectacle visible à sa stricte dimension de visibilité. Domination, découpage, encadrement : avec le cadre on se découpe une portion du visible. Et pour ce qui est du visible, dans le cadre du tableau, il ne reste de la chose que ce qui d’elle se peut voir. La phénoménologie dirait : " tout le phénoménal est devenu visible ; ou encore : la présentation l’emporte sur « l’apprésentation ".

Ainsi, le cadre transforme le visible en hypervisible. Et qu’est-ce, jusqu’à l’épiphanie joycienne, que le beau, sinon le visible rendu visible en tant que tel ? On pourrait dire que le cadre découpe dans le visible le passage du voir à la vue, la vue comme portion du visible encadrée par le cadre. Pour éviter la surabondance désordonnée de l’affluence, le cadre retient l’attention.

 

 

 

 Un peu d'histoire... 

 

L'encadrement d'une oeuvre d'art (peinture ou photographie), pour la mettre en valeur et la protéger, est le moyen qui consiste à l'entourer d'une bordure, qui en limite et explicite le cadrage défini par son cadre. Par métonymie, le mot cadre se substitue au terme encadrement fait par la bordure.

 

 

  encadrement réalisé par Pascale Marmain

 

 

Le mot bordure a longtemps désigné l'encadrement lui-même : on parle des bordures des xviie et xviiie siècles.

Si sa fonction semble évidente (protection, renforcement, informations diverses apposées sur son cartel dans les musées) le choix de la qualité de ses composants (dorure, métal, verre, etc.) a longtemps été le signe de la valeur qu'accordait le propriétaire à l'œuvre encadrée.

Mais, outre ces fonctions pratiques, il faut considérer l'encadrement comme le moyen de rendre évident ce qu'on trouve devant une représentation et non devant le réel. L'encadrement précise le cadre, le limite et articule le passage entre le monde extérieur et l'oeuvre. 

La fresque murale elle-même peint ses bordures pour en limiter l'action, de même que la tenture figurée d'une tapisserie.

 

 

 encadrement réalisé par Pascale Marmain

 

 

Pascale Marmain s'attache aux formes, volutes, lignes, couleurs, paysage figuratif ou abstrait selon les tableaux, pour re-visiter l'oeuvre et arriver à une forme d'abstraction pour inviter chacun à partager son regard afin de capter l'énergie qui relie l'image et les bordures, le relief, les contraires et les courbes...

 

 

 

  encadrement réalisé par Pascale Marmain

 

 

... pour que chacun puisse rêver ces paysages, se perdre dans les lignes, creux et reliefs de matière, et cheminer jusqu'à un équilibre dans une sereine harmonie.

 

 

 

encadrement réalisé par Pascale Marmain

 

 

 

C'est pourquoi ses encadrements oscillent toujours à la frontière entre figuration et abstraction, paysages extérieurs et paysages intimes. Ils évoquent, suggèrent plus qu'ils ne cadrent et décrivent, ils ouvrent des horizons.

 

 

 

 encadrement réalisé par Pascale Marmain 

 

 

 

De la matière et des couleurs surgissent des paysages qui prennent forme, à la manière des nuages qui se forment, se déforment pour se reformer, cachant ou transfigurant les montagnes ; à la manière d'une ville imaginaire, mirage qui apparaît puis disparaît ; à la manière du rivage qui approche, recule et revient dans un balancement vaporeux... 

 

 

 encadrement réalisé par Pascale Marmain

 

 

... lumière de l'immanence, présence, absence qui s'offrent, se refusent et reviennent comme une insistance.

 

 

 encadrement réalisé par Pascale Marmain

 

 

 

Le cadre limite et, en limitant, il illimite :

Avez-vous observé qu’un morceau de ciel, aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, etc., donnait une idée plus profonde de l’infini que le grand panorama vu du haut d’une montagne  ? "

 

 

 

 encadrement réalisé par Pascale Marmain 

 

 

C'est tout cela que veut nous signifier cette artiste en encadrement lorsqu'elle se joue des courbes vertigineuses, des trompe-l'oeil ou des spirales infinies...

 

 

  encadrement réalisé par Pascale Marmain