Ateliers littérature

 

 

Livres à découvrir


 

 


 

Grincer avec Éric Reinhardt ou chavirer avec Lola Lafon,

se perdre dans le nouvel opus d’Alice Zeniter ou adopter le “Yoga” d’Emmanuel Carrère,

plonger dans la vie de Niki de Saint Phalle ou dans la condition ouvrière…

Parmi les 511 romans et récits à paraître d’ici à fin octobre,

les lecteurs auront l’embarras du choix.

Une première sélection de livres français et étrangers.

 

 

 




Pour un premier roman :

Ce qu'il faut de nuit, de Laurent Petitmangin

 

 




Le résumé : Ce qu’il faut de nuit (qui a reçu en septembre le prix littéraire Georges-Brassens ainsi que le prix Stanislas du premier roman), son premier roman, est tout imprégné d’enfance lorraine, avec une fragile relation père-fils, une histoire d’amour fraternel qui ne s’exprime pas facilement et d’adolescence en manque de repères. Laurent Petitmangin a plongé dans ses souvenirs de terrain de foot du dimanche matin, quand l’air est encore humide de fraîcheur. La scène inaugurale dit tout cela : la tendresse paternelle devant l’aîné qui maitrise bien le ballon, le bruit des crampons sur l’asphalte et le petit frère qui dort encore à la maison. La mère est morte, emportant la joie de vivre loin de cette famille désormais trop uniment masculine pour être heureuse.

 

Premier roman, toute une histoire – Il aime les longs courriers, qui lui offrent du temps pour rêver de littérature. Dans “Ce qu’il faut de nuit”, Laurent Petitmangin, 55 ans, raconte la fragile construction d’un jeune garçon orphelin de mère dans un coin de Lorraine. Ce père de famille, collectionneur de livres, écrivait des bribes de récits depuis dix ans quand il s’est décidé à envoyer son premier manuscrit. Déjà couronné de deux prix.

La Manufacture de livres, 16,90 €.

 

 


Pour le monologue intérieur d’une jeune femme qui peine à reconstruire son identité trop morcelée, un récit puissant :

La petite dernière, de Fatima Daas 

 

 

 

Le résumé : Fatima Daas est la petite dernière, c’est du moins comme ça qu’elle se présente à son lecteur dans ce roman aux allures de journal intime. En effet, dans ce monologue qu’on dirait presque intérieur, tant elle nous plonge dans son intimité la plus profonde, Fatima Daas se met à nue non sans avec une désinvolture pudique.

 

Construit sur l’anaphore « Je m’appelle Fatima Daas », chacun des chapitres du texte retrace un épisode de la vie de l’autrice, mélangeant constamment présent et passé. Le lecteur oscille donc entre ces deux temporalités, ce qui lui permet de mieux saisir, de mieux cerner l’énonciatrice, de percevoir aussi, par l’usage de ce procédé, une dualité sous-jacente. En effet, l’écrivaine y insiste pour montrer toute sa complexité. Garçon manqué dans un corps de femme, algérienne et française, lesbienne et musulmane, indépendante, pourtant attachée à Nina, Fatima Daas est, à l’image de sa génération, remplie de contradictions. Celle qui s’exprime ne semble jamais vraiment à sa place nulle part et jamais vraiment à l’aise, si ce n’est dans le rôle de l’écrivain. À travers ce beau monologue intérieur, une jeune femme dit sa peine à reconstruire son identité trop morcelée.

Notabilia, 16 €

 

 

Pour un livre qui nous jette sur les traces du fiasco de l'internet français :

Comédies françaises, de Éric Reinhardt 

 

 

 

Le résumé : Fasciné par les arcanes du réel, Dimitri, jeune reporter de vingt-sept ans, mène sa vie comme ses missions : en permanence à la recherche de rencontres et d’instants qu’il voudrait décisifs. Un jour, il se lance dans une enquête sur la naissance d’Internet, intrigué qu’un ingénieur français, inventeur du système de transmission de données qui est à la base de la révolution numérique, ait été brusquement interrompu dans ses recherches par les pouvoirs publics en 1974.  

 

Avec acuité et sens du jeu, l’écrivain se coule dans le personnage de Dimitri, brillant vingtenaire confronté aux rigueurs de l’époque, héros d’un virtuose roman à tiroirs.

Gallimard, 16 €

 

 

Pour un regard sociologique fort :

Les nuits d'été, de Thomas Flahaut

 

 

 

Le résumé : Cette année, l’été réunit Thomas, sa sœur jumelle Louise et leur ami d’enfance Mehdi. On est dans le Jura, à la frontière franco-suisse, aux Verrières, où vivent les « darons » délabrés par l’usine locale. Les machines ont fait leur œuvre destructrice sur les corps et les âmes. C’est dans cette usine que Thomas va passer l’été : il a échoué à ses examens, ne pourra plus reprendre l’université – ce qu’il n’ose dire à ses parents ; reste à gagner une poignée d’euros avec ce boulot d’intérimaire de nuit chez Lacombe où trime aussi son ami Mehdi. Quant à Louise, qui prépare une thèse sur les ouvriers frontaliers du Jura, elle rentre au bercail se remettre d’une déception amoureuse et enquêter sur le terrain. Voilà plantés les jalons d’un été particulier, à la fois mélancolique et violent, un flux continu dans lequel les personnages vont se laisser flotter… jusqu’au sursaut.

 

Dans Les nuits d’été, pas de drame hors normes, mais celui, quotidien et tristement ordinaire, qui touche des milliers de gens partout en France. Le délaissement social et politique, le déclassement professionnel menant à l’errance personnelle, l’absence d’horizon et de joie, que l’on soit jeune ou vieux. Et, au milieu de tout cela, la fragilité des liens au cœur des familles, la difficulté de se parler et de se comprendre de père à fils, de frère à sœur. Autant de sujets qui, déjà, animaient l’esprit d’Ostwald, et font à nouveau battre le cœur de ces Nuits d’étéL’émotion est partout. Certains passages sont extrêmement poignants dans ce livre qui parle des espoirs trahis et des illusions perdues des darons, broyés par les machines, et de la jeune génération. 

Editions de l'Olivier, 16 €

 

 

Pour le risque de l'engagement :

Comme un empire dans un empire, de Alice Zeniter 

 

 

 

Le résumé : Il s'appelle Antoine. Elle se fait appeler L. Il est assistant parlementaire, elle est hackeuse. Ils ont tous les deux choisi de consacrer leur vie à un engagement politique, officiellement ou clandestinement. Le roman commence à l'hiver 2019. Antoine ne sait que faire de la défiance et même de la haine qu'il constate à l'égard des politiciens de métier et qui commence à déteindre sur lui. Dans ce climat tendu, il s'échappe en rêvant d'écrire un roman sur la guerre d'Espagne. L vient d'assister à l'arrestation de son compagnon, accusé d'avoir piraté une société de surveillance, et elle se sait observée, peut-être même menacée. Antoine et L vont se rencontrer autour d'une question : comment continuer le combat quand l'ennemi semble trop grand pour être défait ?

 

L’ironie peut être un refuge, une manière de ne pas prendre de risque. Faire quelque chose tout en signifiant qu’il y entre une part de second degré, c’est se mettre à l’abri – de l’échec ou du ridicule. La dernière scène de Comme un empire dans l’empire montre les personnages, qui ont tant de mal à habiter leur corps, en train de danser et de le faire « sans afficher qu’ils dansent, sans que leur visage commente le fait qu’ils dansent ». Il aura fallu près de 400 pages à Antoine et L pour en arriver là. En les quittant sur cette image, on réalise que la question de ce qui peut se réaliser en se passant de ce filet de sécurité est centrale dans le livre d’Alice Zeniter. Et que celui-ci semble même une réponse en acte à cette interrogation : est-il possible d’écrire aujourd’hui un roman sur l’engagement, peut-être même un roman engagé, sans ironie – ce qui ne signifie heureusement pas qu’il soit dépourvu de malice ou d’humour ?

Flammarion, 21 €

 

 

 

 

Du Goncourt au Prix Interallié en passant par le Renaudot

et le Grand Prix du roman de l'Académie française,

chaque livre possède ses atouts.

 

 

Émotion, érudition, passion... 

Nous ouvrons cette page,

à d'autres titres qui n'ont pas la chance d'être récompensés, 

mais qui valent le détour.

Une sélection de fictions pour tous les goûts,

en dehors des titres qui ont décroché les grands prix littéraires. 

 

 

dix romans incontournables à offrir ou à s'offrir... 

 

 

 

Pour ceux qui ont aimé Le Parfum 

La Musique des illusions, de Jean-Marc Moura

 

 

 

Le résumé : Au XIXe siècle, une paysanne donne naissance à Franceska, une fillette qui peut imiter n'importe quelle voix, percevoir ce qui échappe aux autres hommes et pousser un cri tellement strident qu'il peut provoquer la mort. Sa route croise celle de l'inventeur du «paléophone».

 

Ce récit est de la même veine, de la même puissance que Le Parfum, de Süskind: narration, inventivité, souffle. Et folie. Entre fantastique et récit historique, ce roman questionne le progrès et son rapport à Dieu et au mal.

Albin Michel, 20,90 €.

 

 

Pour la vie rêvée des écrivains : 

L'Écrivain national , de Serge Joncour

 

 

 

Le résumé : En résidence d'auteur à Donzières, dans le centre de la France, un écrivain apprend la disparition d'un vieux maraîcher. Un couple de jeunes, Aurélik et Dora, est soupçonné de l'avoir assassiné. Fasciné par Dora, l'écrivain va sillonner la région à la recherche de pistes susceptibles de faire la lumière sur cette affaire.

 

Montrer la vraie vie de l'écrivain, raconter tous les à-côtés, la «périphérie» d'une activité qui jadis faisait rêver, tel est l'objectif de l'auteur, qui mêle habilement la fiction et l'autobiographie dans son roman. C'est parfois émouvant, souvent drôle, toujours instructif.

Flammarion, 21 €.

 

 

Pour son côté pétillant : 

Pétronille, d'Amélie Nothomb 

 

 

 

Le résumé : À Paris, lors d'une séance de dédicaces pour son dernier roman, la narratrice, une romancière belge de 30 ans, rencontre Pétronille Fanto, une de ses fidèles lectrices avec qui elle a engagé une correspondance peu de temps auparavant. Quelques années plus tard, c'est au tour de Pétronille de publier son premier roman. Débute une relation d'amitié entre les deux jeunes femmes.

 

Ce roman est pétillant, comme le champagne qui coule à flots à chaque page. Drôle et plein d'esprit. Un excellent cru.

Albin Michel, 16,50 €.

 

 

Pour la grâce de son écriture : 

Les Fleurs d'hiver, d'Angélique Villeneuve

 

 

 

Le résumé : Lorsque Toussaint rentre du front défiguré, peu avant la fin de la Grande Guerre, c'est un autre homme, blessé physiquement et psychologiquement, que retrouve sa femme, Jeanne, ouvrière fleuriste à Paris. Après les angoisses et la solitude de l'attente, cette dernière réapprend à vivre, avec un mari renfermé sur lui-même, mais qu'elle continue d'aimer et de désirer, et leur petite fille Léonie.

 

Un roman touché par la grâce, une écriture d'une rare beauté. Dans ces Fleurs d'hiver, il y a l'histoire et le style. Angélique Villeneuve a écrit un huis clos avec une infinitude de nuances, de tension et de délicatesse.

Phébus, 15 €.

 

 

Pour lire une saga : 

Une vie de lumière et de vent, de Christian Signal 

 

 

 

Le résumé: Jean est un enfant trouvé, élevé par un couple de bergers analphabètes qui le traitent comme une bête. Alors que le service militaire lui permet de s'extraire de cet enfer, il apprend à lire et à écrire. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale le ramène vers le Sud, où il rencontre Joseph, son double, et Dorine, qui tombe follement amoureuse de lui.

 

C'est sans doute l'un de ses textes les plus lumineux de Christian Signol, parce que dans l'histoire de Jean, il y a des sources de vitalité, une chaleur que l'on ressent avec intensité. Ce livre interroge également sur l'enfance, ou plutôt sur le poids des premières années.

Albin Michel, 19,50 €.

 

 

Pour son ampleur : 

Le Royaume, d'Emmanuel Carrère 

 

 

 

Le résumé : Les débuts de la chrétienté ou comment, à la fin du Ier siècle, Paul et Luc transformèrent une petite secte juive en une religion qui allait conquérir le monde. Cette fresque fait revivre le monde méditerranéen d'alors, ses personnages, ses soubresauts religieux et politiques, et propose une réflexion sur le christianisme.

 

C'est du Carrère pur jus. Un grand livre qui l'emporte par son sujet, son ampleur et son audace.

P.O.L, 23,90 €.

 

 

Pour lire de notre société : 

Debout-Payé, de Gauz 

 

 

 

Le résumé : Des épisodes de la vie d'Ossiri, Ivoirien sans papiers installé en France ayant vécu l'évolution du métier de la sécurité, alternent avec les observations de l'auteur, vigile de grands magasins à Paris, sur le fonctionnement des grandes enseignes et le comportement de leur clientèle.

 

Un roman truculent qui raconte la vie d'un vigile sans le côté pathos. Une réussite.

Le Nouvel Attila, 17 €.

 

 

Pour un voyage en littérature : 

Autour du monde, de Laurent Mauvignier

  

 

 

Le résumé : Rencontrer une fille au Japon, sauver un homme sur un bateau, nager avec les dauphins, jouer au casino en Slovénie... Tous les personnages ont un point commun, leurs regards se tournent vers le tsunami au Japon en mars 2011. Ils se rendent compte qu'ils vivent dans le même monde et que malgré des lieux éloignés chacun est prisonnier de son histoire.

 

L'auteur explore l'effet papillon du tsunami japonais à travers le monde. «Laurent Mauvignier rentre dans la densité de chaque histoire, nous plonge jusqu'au cou dans les petits détails bien sentis. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses. Je vous conseille la culture, le Moïse de Michel-Ange à Rome si les longues heures d'avion vous rebutent. Ce marathon des bougeottes, téléphoné parfois, toujours expressif, chante la luxuriance des recettes de la vie», écrit notre collaborateur Patrick Grainville.

Minuit, 19,50 €.

 

 

Pour les passionnés de l'art : 

Postérité, de Jake Lamar

 

 

 

Le résumé : Femke Versloot est une artiste peintre new-yorkaise, qui a connu la gloire, puis l'oubli. Elle entretient le mythe autour de sa jeunesse, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'émigrer aux États-Unis. Toby White, qui doit écrire un livre sur elle, se demande si la légende n'est pas trop belle pour être vraie.

 

C'est un roman d'une très grande richesse qui embrasse divers genres: enquête historique, réflexions sur l'art, tentative de biographie, suspense, interviews off serrées... Jake Lamar, qui nous avait habitués au thriller, signe là un livre dense à travers le récit d'un historien de l'art.

Rivages, 23 €.

 

 

Pour la musique des mots : 

Les Grands, de Sylvain Prudhomme

 

 

 

Le résumé : Guinée-Bissau, 2012. Couto, guitariste d'un groupe connu dans les années 1970, apprend la mort de son premier amour, la chanteuse Dulce. Il marche à la tombée de la nuit dans la ville et pense aux trente années passées, à sa relation avec cette femme, à la lutte contre les Portugais et à leur musique appréciée dans le monde entier.

 

Ce roman fin d'un monde, mais la force du récit de ce jeune écrivain dépasse cette idée simple. Il va bien au-delà, il narre le présent et les souvenirs, la musique et l'amour, la politique et la vie. Un livre très musical.

L'Arbalète/Gallimard, 19,50 €.