Ateliers littérature

Jean-François Sabourin est né en Vendée en 1957.

Écrivain de son temps, il se décrit lui-même comme un transmetteur de valeurs au travers de témoignages et de la réalité de notre histoire. Il nous invite au coeur des événements dans un voyage intérieur en prise avec notre propre conscience. Son écriture vagabonde au gré de ses écrits entre poésie, nouvelles, essais et de nombreux romans.

 

Auteur, metteur en scène de théâtre, scénariste pour adaptation au cinéma, il est aussi chroniqueur et expert littéraire pour un accompagnement rédactionnel autour de manuscrits avant édition.

 

 

 

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Il nous livre ici un extrait d'un de ses textes sur la nature de l'écrivain

 

" Je suis persuadé qu'on voudrait savoir pourquoi notre voyage autour de nous même dure la vie entière, mais comment l'apprendrai-je au lecteur, puisque je l'ignore moi-même ? Tout ce que je puis assurer, c'est que si l'ouvrage est trop long à notre gré, il n'a pas dépendu de moi seul de le rendre plus court. Nous n’en sommes pas les maîtres d'en sortir à notre seule volonté.

Et pourquoi refuserions-nous les jouissances qui sont éparses sur le chemin difficile de l’écriture ? Elles sont si rares, si clairsemées, qu'il faudrait être fou pour ne pas s'arrêter, se détourner même de son chemin, pour cueillir toutes celles qui sont à notre portée. Heureux celui que le spectacle de la nature a touché, qui n'est pas obligé de faire des tableaux pour vivre, mais qui, frappé de la majesté d'une belle physionomie, et des jeux admirables de la lumière qui se fond en mille teintes sur le visage humain, tâche d'approcher dans ses ouvrages des effets sublimes de la nature !

L'écrivain est sculpteur des mots, nomade entre les feuillets jaunis par ses écrits. Voyageur entre les signes et les syllabes. Bohémien de la parole, au sourire d'argile et à la mémoire remplie d'échos. Il est le livre qui annule l'oubli, le torrent qui porte le souvenir éclaté d'une histoire sans visage. Son territoire n'a pas de limites. Il est artisan. Comme quelqu'un travaillerait le bois ou le fer, il travaille les mots. Tel un carreleur qui pose ses petites pièces de marbre mariant les couleurs, associant les formes pour fixer un fragment de vie, un morceau de soleil ou le rire d'un livre ouvert. Ainsi, il va telle une suite d'images, l'une après l'autre, retenues par le ciment de son esprit créatif, il en fait une mosaïque la plus étrange, la plus surprenante, la plus irréelle qu’il soit admis de faire apparaître. Ses créations sont autant de soleils contre la nuit face à toutes les mémoires en ruines, toutes ces pages en décomposition. Il lit le silence des lèvres habitées par les mots.

Les mots sont ses outils de travail. La langue est son matériau. Comme un menuisier, il scie, il rabote, il sculpte, il ponce, il vernit... Et de la langue de bois, il en fait un objet précieux, un objet rare ; comme une étoile ou un poème. À la recherche de l'aube nouvelle et de l'arbre. La matrice peut le prendre dans ses flots, l'enrouler dans ses vagues, le rouler dans son corps... Il dessine des formes étranges, mais il n'est point leur esclave. Il est l'envers possible de la nuit. Il est l'envers possible de la lumière. Il est l'endroit possible de toutes les contradictions. Mais pour sculpter des mots, pour écrire dans une langue, il est nécessaire de l'aimer pour lui faire dire toutes les passions, toutes les angoisses, tous les gémissements, tous les soleils, toutes les mémoires...

Il est de ceux-là, artisan, il va dans sa plénitude. Avec ses mots qui coulent en paroles pour désaltérer la soif de ceux qui l'écoutent. Son discours offert à la lumière de ces vagues de pages traverse toutes les mémoires, toutes les lumières, toutes les grandeurs et toutes les faiblesses réunies. Qu'importe finalement la couleur de ses mots. Seule compte l'ivresse des lettres placées l'une à côté de l'autre comme autant de petites pièces de marbre. Des corps habités par le chant des rivières." 

 

Jean-François Sabourin

 

sculpture réalisée par Patrick